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Atteindre le baseball majeur autrement

Revue de presse

Benoît Rioux, Le Journal de Montréal, le 25 mars 2018

Marc Bourgeois

MONTRÉAL | À peine entré dans le local de production du quartier Hochelaga-Maisonneuve, un livreur s’amène pour récupérer des colis: l’un prendra la direction du Japon, à destination d’un joueur des Nippon-Ham Fighters de Hokkaido, l’autre se rendra à Scottsdale, en Arizona, afin de servir un jeune frappeur qui rêve au baseball majeur.

Propriétaire et fondateur de l’entreprise Märk Lumber, le Québécois Marc Bourgeois est déjà à l’oeuvre depuis le matin et prévoit rentrer à la maison une fois la nuit tombée. Durant cette journée un peu folle, il devrait parvenir à produire une cinquantaine de bâtons.

«Pour moi, c’est assez simple, je vois ça exactement comme une carrière de joueur, a-t-il indiqué. Il faut gravir les échelons un à un et il faut mettre les efforts pour y arriver.»

Photo ci-dessus : Le Québécois Marc Bourgeois à l’oeuvre (Photo : Joel Lemay)

Bourgeois est bien placé pour tracer une comparaison. Il a lui-même été un espoir des Diamondbacks de l’Arizona. Le jeune homme natif de Granby a longtemps été un frappeur redouté, mais c’est finalement après avoir lancé sa propre compagnie de bâtons qu’il finira par atteindre les plus hauts sommets.

Des bâtons approuvés
Même si Märk Lumber a été fondée il y a à peine trois ans, l’entreprise a déjà reçu sa certification du baseball majeur, en janvier dernier, afin que le produit puisse être utilisé.

Le Québécois Russell Martin, des Blue Jays de Toronto, manie d’ailleurs le produit, mais plusieurs autres athlètes de renom s’y intéressent à travers les différentes équipes. Il y a Yasmani Grandal, Rougned Odor, Joey Gallo et Martin Prado, pour ne nommer que ceux-là.

«Honnêtement, de voir un gars comme Russell utiliser les bâtons, de le voir frapper des coups sûrs et des circuits, ça me rend presqu’aussi heureux que si c’était moi qui avais frappé, vient confier Bourgeois. C’est un autre sentiment, mais c’est un sentiment d’accomplissement. Un circuit frappé avec ton produit, que tu as sablé à la main et que tu as peint, c’est la cerise sur le sundae.»

Une livraison au Stade olympique
Les dernières semaines ont été particulièrement chargées pour l’entrepreneur, qui a visité une douzaine d’organisations du baseball majeur, en Floride et en Arizona, pendant les camps d’entraînement.

Chez les Padres de San Diego, il a notamment rencontré son idole de jeunesse, Mark McGwire, véritable roi de la longue balle devenu entraîneur. Évidemment, celui-ci a trouvé particulièrement intéressant le nom du produit: «Märk Lumber».

Au camp des Jays, à Dunedin, Kendrys Morales a par ailleurs frappé de très longs circuits en testant les bâtons à l’entraînement. Ce fut suffisant pour le convaincre de mettre la main sur quelques tiges en vue des prochains mois.

Bourgeois assurera lui-même la livraison au Stade olympique, ce lundi, le temps de prendre une petite pause de sa production, à quelques pas de là.

UN DOUTE QUI S'EFFACE
Marc Bourgeois était le plus puissant frappeur de son équipe en 2012, avec ses 10 circuits en 92 matchs chez les Silver Hawks de South Bend, quand il a pris la décision, avant le début de la saison suivante, de quitter le baseball affilié.

Plusieurs raisons l’ont influencé: un pouce abîmé, une motivation effritée par des conditions de vie peu évidentes au niveau A. Puis, avec un baccalauréat en poche à l’âge de 23 ans, il avait cette crainte de se retrouver devant rien si l’aventure devait mal se terminer.

«J’ai fini ma deuxième saison professionnelle avec cinq fractures dans le pouce, raconte-t-il. Je m’étais fait atteindre par un lancer. La saison avait bien été, mais j’ai ensuite passé trois mois en réhabilitation en Arizona, puis j’ai eu une période plus difficile mentalement. J’ai voulu passer à autre chose et avoir une vie plus normale.»

Ce n’est que quelques années plus tard que l’ancien espoir des Diamondbacks de l’Arizona fut rongé par le doute en se demandant jusqu’où il aurait pu se rendre. Serait-il parvenu à atteindre les grandes ligues comme ses anciens coéquipiers Ender Inciarte et Keon Broxton? Malgré les doutes qui s’effacent, la réponse ne viendra jamais.

«J’y arrive d’une autre manière et honnêtement, ça m’enlève un peu ce questionnement où je me demandais ce qui serait arrivé, confie le propriétaire et fondateur de l’entreprise Märk Lumber. On dirait que ça m’aide à passer à autre chose. Maintenant, je suis en paix avec mes décisions. Je ne l’étais pas avant.»

Passionné de baseball
Plutôt que de mettre le baseball de côté, Bourgeois devait renouer avec sa passion.

«Après trois ans et trois emplois différents, je n’étais pas heureux, se souvient-il. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je retourne au baseball. Quand je jouais, c’était le bâton qui me passionnait et j’ai toujours aimé travaillé le bois aussi. J’ai eu l’idée de fabriquer des bâtons. Tout le monde pensait que j’étais fou et ç’a effectivement pris quelques mois avant de trouver la bonne recette pour faire un bon bâton.»

Märk Lumber est né en 2015. L’ascension vers le baseball majeur, sans long détour en autobus à Bowling Green, Lansing ou autres lieux du Midwest américain, aura par la suite été fulgurante.

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.

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