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Les guerres en ex-Yougoslavie : quelques précisions!

Texte et photos de Céline et Jacques Lanciault

Voici un texte hors série en marge d’une longue balade en Croatie, à laquelle se sont greffées de trop courtes incursions en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro, le tout réalisé à l’automne 2011.

Sarajevo, Bosnie-Herzégovine.

Laval, le 10 octobre 2012 - Les guides locaux qui nous ont accompagnés lors de notre périple en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro, à l’exception de celui de Sarajevo, ont été fort peu loquaces quant aux guerres qui ont eu lieu dans leurs pays au cours des années 1990.

Photo ci-dessus : À Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, les traces de la guerre sont omniprésentes.

La raison en est probablement qu’il s’agit pour eux d’une période très sombre de leur histoire ainsi qu’une époque d’inextricables jeux politiques d’hommes aux ambitions démesurées qu’ils préfèrent taire aux touristes que nous sommes.

Vraie que la situation est complexe et tout aussi vraie que l’horreur des crimes commis dépassant l’entendement ont fait en sorte qu’il était plus simple de ne pas s’étendre sur un tel sujet.

Toutefois, pour bien comprendre et surtout pour bien interpréter ce que nous avons vu, notamment à Sarajevo en Bosnie-Herségovine, il m’est apparu utile de pousser la recherche un peu plus en profondeur pour tenter de dresser un portrait compréhensible des cinq guerres qui ont fait rage au tournant du XXe siècle!

Voici donc, après quelques lectures, ma compréhension des événements.

Prenons comme point de départ de notre portrait de cette époque guerrière la formation de l’ex-Yougoslavie, dont Josip Tito prit la présidence au terme de la Deuxième Guerre mondiale. Un état fédéral qui, au fil des ans, a été amené à s’articuler autour de six républiques :

La Bosnie-Herzégovine, dont la capitale est Sarajevo;
La Croatie, dont la capitale est Zagreb;
La Macédoine, dont la capitale est Skopje;
Le Monténégro, dont la capitale nommée Titograd est redevenue aujourd'hui Podgorica;
La Serbie, dont la capitale est Belgrade (1);
La Slovénie, dont la capitale est Ljubljana;

(1) La république de Serbie incluait en outre deux régions autonomes, le Kosovo et le Voïvodine.

Parlant de son grand pays, Tito disait que « La Yougoslavie a six Républiques, cinq nations (les Slovènes, les Croates, les Serbes, les Monténégrins, les Bosniens et les Macédoniens), quatre langues (langue serbo-croate de Croatie, langue slovène, langue serbo-croate de Serbie et du Monténégro, langue macédonienne), trois religions (catholique, orthodoxe et musulmane), deux alphabets (cyrillique et latin) et un seul parti. »

Et tout le problème vient probablement de la somme de ces différences!

Le maréchal Tito a dirigé son pays avec une main de fer dans un gant de velours, tenant tant bien que mal l’État yougoslave en un tout, et ce, jusqu’à sa mort en 1980.

Toutefois, après sa mort, la situation a rapidement dégénéré allant jusqu’à la désintégration complète de la Yougoslavie et par la suite à la formation par quelque sept États nation.

Renéo Lukic dans son livre « L’agonie yougoslave » identifie les années 1986 et 1987 comme étant le point de départ de la désintégration de la Yougoslavie, alors que nait le projet de « Grande Serbie », une vision que tentera, au prix de milliers de vies humaines, de réaliser dans les années subséquentes Slobodan Milošévić.

L’élément déclencheur de toutes ces horreurs aura été la déclaration d’intention de la Slovénie et de la Croatie, en fin d’année 1990, d’accéder à leur indépendance — ce qui fut proclamé officiellement le 25 juin 1991 —, contrecarrant ainsi le rêve de « Grande Serbie » de Milošévić.

Se sont alors succédé :

La guerre de Slovénie
Lancée à l’initiative de l’armée populaire de Yougoslavie le 27 juin 1991.

Un accord de paix fut signé très rapidement, soit dès le 7 juillet 1991, la Slovénie acceptant un moratoire de trois mois sur l'entrée en vigueur de son indépendance.

La guerre serbo-croate
Lancée par le régime Milošévić à Plitvice le 31 mars 1991, cette guerre, malgré de nombreux « cessez- le-feu » non respectés fera rage jusqu’à la fin de 1995 ayant entraîné plus d’une vingtaine de milliers de morts et plus de 250 000 expulsions de Serbes de Croatie.

Durant cette guerre de graves atrocités ont été perpétrées, et ce, par les deux camps en présence et dont la plupart des personnes qui ont commis ces atrocités n’ont jamais été jugées!

La guerre de Bosnie-Herzégovine
Lancée par la Serbie-Monténégro du régime Milošévić le 6 avril 1992, après la déclaration d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine (3 mars 1992). Cette guerre a mis le pays à feu et à sang jusqu’à la signature le 14 décembre 1995 des Accords de Dayton.

Le début de la guerre, le 6 avril, correspond au début du siège de Sarajevo, le plus long et le plus violent siège qu’une ville d’Europe ait connu à l’époque moderne. La capitale de la Bosnie-Herzégovine est alors soumise à un blocus complet. L’arrivée de nourriture et de médicaments fut bloquée, l'eau et l'électricité furent coupées ! Bien que les Accords de Dayton aient été signés le 14 décembre 1995, le gouvernement de la République de Bosnie-Herzégovine ne déclara officiellement la fin du siège de Sarajevo que le 29 février 1996.

Ce conflit, qui pour un temps a opposé les forces croates et serbo-monténégrines à la Bosnie-Herzégovine, et où la communauté internationale a été incapable de protéger les populations civiles, a fait au bas mot quelque 100 000 victimes, dont environ 40 000 civils!

La guerre du Kosovo
Lancée par le régime Milosevic en 1996 en représailles à une campagne de terrorisme et d’assassinats de dirigeants, de policiers et de gardes-frontières serbes initiés par l’Armée de libération du Kosovo.

Il fallut attendre le 10 juin 1999 pour que les forces serbes se retirent du Kosovo qui était alors sous la protection de la force internationale mandatée par les Nations unies.

La guerre de Macédoine
Lancée par des insurgés albanais en 2001.

Curieusement, c’est dix ans après l'éclatement de la Fédération yougoslave que la Macédoine, le seul pays de l'ancienne Yougoslavie qui ait réussi le passage au statut d'État indépendant sans effusion de sang, qu’une crise interethnique a été déclenchée. Heureusement toutefois ce conflit a été désamorcé grâce à une médiation internationale.

Commentaires (2) Trackbacks (0)
  1. J’aime bien le court résumé que tu fais de la situation et l’insistance sur le fait qu’il n’y a pas eu une seule guerre à laquelle nous étions plus sensible, celle qui a eu lieu en Bosnie. Et j’aime bien que tu ajoutes que tout le problème vient de la somme de ces différences.

    Robert Benoit

  2. 12/05/2017 :
    de retour d’une semaine en Croatie dans la région de Pula , il est navrant de voir , bientot 20 ans après la guerre , toutes ces façades criblées d’impacts de projectiles que les habitants semblent vouloir conserver en l’état . Baucoup de ressentiments sont dans les paroles de ces gens et il semblerait qu’une simple étincelle leur ferait reprendre les armes …

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