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Août/04
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Le baseball chez l’oncle Sam : rien de comparable à ce que l’on voit chez nous

Texte rédigé par Jacques Lanciault

Le tableau indicateur à Camden Yards

Baltimore, Maryland, le 10 août 2004 – Faut assister à une joute de baseball aux États-Unis pour constater à quel point le spectacle du baseball majeur à Montréal est désolant. En près de 40 ans de baseball professionnel dans la métropole, jamais le match de baseball, comme il se vit chez nos voisins du Sud n’a réussi à s’installer. Pas étonnant que ceux qui dirigent « Nos Amours » n’aient de cesse qu’à se trouver un toit sous des cieux mieux adaptés.

Le 9 août dernier, un lundi, les Orioles de Baltimore disputaient un match en matinée face aux Rangers du Texas. Les deux équipes de la Ligue Américaine de Baseball devaient amorcer la rencontre sur le coup de midi trente-cinq. Caprice du calendrier, il s’agissait du seul match de la saison prévu à Baltimore en après-midi. Ce jour-là, j’étais à Camden Yards, le quadrilatère où est situé le stade des Orioles.

Un lundi, un match en matinée, un jour où les travailleurs sont normalement au boulot! Il n’y aura donc pas foule me suis-je dit, une situation idéale pour visiter, dans les moindres recoins, ce stade qui a tant fait jaser dans la métropole lorsque les Expos tenaient mordicus à ce qu’on leur paie un stade au centre-ville. Eh bien, j’ai erré! En fait, nous étions 39,850 à avoir envahi les gradins du magnifique stade des Orioles, 39,850 spectateurs alors que le Oriole park at Camden Yards a une capacité maximum de 48,876. Tant de monde en plein après-midi, impressionnant, vraiment impressionnant!

Présents, bien avant le premier lancer

Camden Yards, Baltimore

Bien qu’en septième manche, les placiers s’affairaient encore à accompagner de nouveaux spectateurs à leur siège — probablement des cadres d’entreprises n’ayant pu se libérer avant —, la grande majorité des 39,850 spectateurs étaient sur les lieux bien avant le début de la rencontre.

Très tôt en matinée, tout autour du stade, c’était l’alerte orange, pas celle du gouvernement de George W. Bush face à d’éventuels attentats terroristes, non celle des Orioles, l’équipe qui arbore fièrement l’orange et le noir comme couleurs officielles.

De nombreux vendeurs itinérants installés derrière leurs étals, sur le trottoir de la rue bordant l’entrée du stade, offraient une marchandise des plus bigarrée où casquettes et chandails aux couleurs et aux noms des héros locaux côtoyaient les hot dogs, les hamburgers, les pretzels géants, les boissons gazeuses et la bière de toutes les marques possibles.

Facile d’accès? Et comment

La grande horloge du centre-ville de Baltimore indiquait onze heures lorsque nous avons stationné notre véhicule dans un « parking » vertical attenant à une tour à bureau de la ville voisine de Washington. Tout autour de nous, des partisans de l’équipe du gérant Lee Mazzilli débarquaient « full equip » pour le match : casquette des Orioles, chandail des Orioles, coussins des Orioles et surtout un sourire accroché en permanence aux lèvres, le même sourire que j’avais remarqué sur le visage des spectateurs s’apprêtant à pénétrer dans la grande salle du théâtre St-Denis pour assister à une représentation de Don Juan. Pour eux, un après-midi au stade est, à n’en pas douter, un des beaux moments de la vie.

À Baltimore, le tramway déssert le stade des Orioles

Après avoir descendu les huit étages du stationnement, nous avons emprunté la rue Howard, une avenue sillonnée par des automobiles, mais aussi et surtout par le « light rail », un tramway ultra moderne, qui à son arrêt à Camden Yards, a déversé une foule tout d’orange vêtue.

Mais, l’automobile et le tramway ne sont pas les seuls modes de transport pour accéder au stade. À deux rues de là, une station de métro amène également son lot de spectateurs. Et finalement, un train en provenance de Washington fait de même.

Dès leur arrivée devant le stade, les marchands de la rue se mettent au travail pour convaincre cette manne de clients potentiels d’acheter d’eux à meilleur prix, avant d’entrer dans le stade.

Enfin nous y voilà

Au terme de notre traversée des vendeurs du temple, nous pénétrons dans l’enceinte même du nid des oiseaux du Maryland. Mission première, dénicher une bonne paire de billets pour assister à la rencontre.

Camden Yards - les guichets

Déjà, de longues files s’alignent devant les nombreuses séries de guichets du stade. Tous attendaient patiemment de se faire détrousser d’une somme variant entre 8,50 $ et 50 $, américain, cela va de soi.

L’attente a été somme toute de courte durée, les guichetiers sachant pertinemment que nous aurions bien d’autres courses à faire avant le début du match.

Étant donné que les meilleures places sont réservées aux détenteurs de billets de saison, nous réussissons à dégoter une paire de tickets dans la section 12, rangée W. Une aubaine nous dit-on! Deux excellents billets pour la modique somme de 40 $ US chacun. Lorsque nous aurons pris nos places, nous réaliserons notre chance : de nos sièges, il nous sera possible de voir de si près les voltigeurs de droite des deux équipes que nous pourrons même voir la couleur de leurs yeux… mais pour ce qui est des lancers effectués par les artilleurs, on repassera.

Ayant bien en mains nos petits trésors, nous passons les tourniquets de l’entrée, non sans avoir subi une fouille en règle de nos sacs à dos et à main. Nous sommes rassurés, le 9 août ne sera pas le 11 septembre! Une fois nos billets validés comme si c’était des billets pour le prochain tirage du loto 6-49, nous entrons enfin dans le stade.

Camden Yards - Le vendeur de programme souvenir

Nos premiers pas se font au son du « Game program, two dollars ». Un préposé grimpé sur son podium nous offre le programme du jour. Tout autour de lui, d’autres préposés endossant eux aussi les couleurs des Orioles distribuent à tous les enfants, et ils sont nombreux, des chandails aux noms des deux joueurs vedettes des locaux, Miguel Tejada et Melvin Mora.

Camden Yards, Baltimore

Puis, au-delà de cette foule désordonnée, nous avons enfin aperçu les gradins, vides pour le moment, mais impressionnants, des gradins entourant un terrain de gazon naturel, tout vert, que nul tapis de la même couleur ne saura jamais imiter.

Une large allée de pavés unis s’ouvre devant nous : à notre droite, juste devant les entrées donnant accès aux gradins, des comptoirs de bouffe à l’infini. Personne à la diète, prière de s’abstenir : hot dogs, hamburgers, côtes levées cuites sur le grill, frites et surtout poulet panné à la Kentucky. Entre chacun des comptoirs de bouffe, des « stands » de bière.

Et tout cela à des prix imbattables : bière 5,75 $, frites 4,50 $, hot dog 5,00 $ et bouteille d’eau 3,75 $. Une chance, il y a un comptoir bancaire disponible sur les lieux.

Camden Yards, Baltimore

Après une tournée de trois à quatre boutiques d’articles souvenirs où les photos géantes de Jim Palmer, Ken Singleton, Brooks Robinson, Boog Powell et évidemment Carl Ripken sont présentes partout, nous décidons de nous rendre à nos places. Dès notre entrée dans l’enceinte, un placier prend nos billets et nous guide à nos fauteuils, sans toutefois nous laisser nous asseoir avant qu’il n’ait passé un linge humide sur nos deux sièges et fait disparaître, tel un véritable prestidigitateur, deux billets d’un dollar que je lui tendais.

Le sport du baseball est un sport extérieur

La majorité de 39,850 spectateurs a maintenant pris place et est confortablement installée sous un soleil de plomb. Lorsque l’arbitre du marbre a crié son premier « Play ball », le mercure s’apprêtait à franchir les 90 degrés Fahrenheit. Dans le bleu azur du ciel, on notait de grands absents : les nuages.

Et le match commence. Le lanceur partant des Orioles n’est pas l’artilleur franco-ontarien Érik Bédard, non, il aurait fallu vraiment jouer de chance, assister à un match à Camden Yards et y voir, en plus, évoluer un lanceur canadien.

Le deuxième frappeur à se présenter à la plaque, David Dellucci, donne l’avance aux Rangers en claquant un long coup de circuit tout près du tableau indicateur dans la droite. Peu de réactions de la foule, si ce n’est des applaudissements polis.

Puis, ce sont les Orioles qui se présentent à la frappe, sous, cette fois-ci, des applaudissements bien nourris. Double du premier frappeur, Brian Roberts, la foule est déjà en délire. D'un bloc, elle se lève et applaudit chaudement son porte-couleurs. Puis, après un retrait, Melvin Mora, claque un long coup de circuit par-dessus la clôture du champ gauche. Là, c’est l’ovation, en fait, un « standing ovation ». Les gens sont heureux. Il fait beau, leur équipe gagne et il y a de la bière et de la bouffe. Les Orioles marqueront un autre point dans cette manche prenant l’avance 3-1.

Dès que le dernier retrait de la première manche eut été effectué, tel un véritable raz-de-marée humain, une bonne partie de la foule quitte son banc, un peu de la même manière que les spectateurs du Centre Bell quittent leurs sièges en troisième période lorsque l’équipe visiteur prend les devants 5-1 devant le Canadien. Mais, nous ne sommes qu’en première manche, qu’est-ce qui se passe?

Simple, ils ont soif et ils ont faim, il est treize heures et il fait très chaud. Certains reviendront avec leur repas, d’autres le boufferont devant les écrans de télévisions installés partout près des kiosques de nourriture.

Ce petit rituel se poursuivra à toutes les fins de manche. Ceux qui restent à leur siège se rabattent, quant à eux, sur les vendeurs itinérants. Des gens au beau milieu des rangées se commandent des bières, le vendeur remet les verres au premier spectateur de la rangée et là, c’est la corvée qui commence, les bières passent d’un spectateur à l’autre jusqu’à l’acheteur. Ce dernier fait ensuite passer un billet de 50 $ par le même trajet, jusqu’au vendeur, puis la monnaie revient selon la même procédure.

L’après-midi passe. Finalement, les locaux remporteront la victoire 7-3 alors que la vedette du jour Melvin Mora terminera sa journée de travail avec deux coups de circuit, mais, pour les spectateurs, le résultat du match importe peu. Ils ont eu du plaisir, ils ont pris un bain de soleil et tous sont repartis l’estomac bien rempli. Le baseball aux États-Unis, c’est cela!

Remplis sous: Baseball, Voyages Mots clés:
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