7
Jan/14
1

Le mot du jour : finlandisation

Textes et recherches de Jacques Lanciault

Je consigne ici le fruit de recherches sur le sens, l’étymologie, l’écriture ou encore la prononciation de certains mots ou expressions sur lesquels je bute, ou qui tout simplement suscitent ma curiosité au fil de mes lectures...

Mardi 7 janvier 2014

carte_geographique_finlandeSource de la recherche :
Les paragraphes suivants, tirés d’un texte de Dominique Moisi publié dans le quotidien La Presse du 6 janvier 2014 :

«Dans son ouvrage récent sur les origines de la Première Guerre mondiale, intitulé The War That Ended Peace, Margaret MacMillan en arrive à la conclusion selon laquelle le seul enseignement que nous puissions tirer avec certitude des causes de cette guerre n'est autre que l'importance du leadership. Aucun pays ne souhaitait en effet véritablement l'affrontement armé, mais nul ne sut comment y faire face, dans la mesure où l'Europe de 1914 manquait de grands hommes d'État tels que l'Allemand Otto von Bismarck, dont la retenue permit de maintenir la paix en Europe pendant plusieurs décennies. Une absence de leadership similaire s'observe à nouveau aujourd'hui, de manière de plus en plus palpable, dans les comportements récents de la Russie et de la Chine.

Ni le président russe Vladimir Poutine ni le président chinois Xi Jinping ne semblent avoir intégré les leçons du passé. À l'endroit de l'Ukraine, il appartient à la Russie de faire un choix quant au type de relation qu'elle entend instaurer avec l'Europe. Si l'Ukraine venait à redevenir un satellite du Kremlin, que ce soit à l'issue d'une réintégration directe ou par le biais d'une sorte de «finlandisation,» la Russie finirait par se réincarner sous la forme d'une problématique européenne ancestrale: elle deviendrait à la fois «trop imposante» pour ses voisins, et «trop insuffisante» pour ses propres ambitions.»

Définition :
Le dictionnaire du correcteur électronique Antidote définit le nom féminin finlandisation comme suit : « Ensemble de contraintes à l’autonomie d’un État, imposées par un pays puissant, qui est voisin. »

Le Grand Robert de la langue française est beaucoup plus spécifique dans sa définition : «Neutralisation (d'un pays, d'un ensemble de pays) par l'Union soviétique.»

L’encyclopédie libre Wikipédia propose quant à elle l’explication suivante :

«La finlandisation est une expression faisant référence à l'influence que peut avoir un pays puissant sur la politique extérieure d'un plus petit pays voisin.

Le terme a été utilisé en 1953 par le ministre autrichien des Affaires étrangères Karl Gruber pour mettre en garde son pays contre les dangers de l'Ostpolitik allemande et désigner les limitations imposées par un État puissant à l'autonomie d'un voisin plus faible en faisant référence aux relations politiques entre la Finlande et l'URSS. Reprise par Franz Josef Strauß, l'expression, qui est perçue comme péjorative, trouve donc son origine dans les débats des années 1960 et 1970 en Allemagne et dans les autres pays de l'OTAN.

Elle désignait le fait qu'un pays devienne neutre, dans le but, non seulement de préserver la souveraineté nationale, mais également de ne pas défier une puissance voisine. La Finlande est le pays directement à l'origine du mot à cause de sa politique extérieure vis-à-vis de l'Union soviétique pendant la guerre froide. Elle refusa notamment de rejoindre l'OTAN. Mais le terme peut aussi faire référence à d'autres relations internationales comme l'attitude du Danemark envers l'Allemagne entre 1871 et 1940.

De nos jours il est utilisé pour décrire des relations entre pays comme Taiwan avec la Chine ou du Liban avec la Syrie. Elle est maintenant utilisée de façon plus générale encore.

En Finlande même, l'utilisation du terme « finlandisation » était perçue comme très offensante et comme l'expression d'une incapacité à comprendre comment un petit État peut faire un compromis avec une superpuissance très différente culturellement et idéologiquement, et ceci sans perdre sa souveraineté. L'objectif de la finlandisation était pour la plupart des Finlandais simplement réaliste. En clair, chercher à survivre et à profiter des relations commerciales avec son voisin (importation d'énergie bon marché et débouché pour produits semi-manufacturés et machines-outils). Diversifiant ainsi son approvisionnement énergétique, la Finlande n'a que très peu souffert de deux chocs pétroliers de 1974 et 1978.

D'autre part, pour un pays pris de court par l'agression soviétique de l'hiver 1939, le maintien de relations diplomatiques soutenues avec le grand voisin était perçu comme un moyen de posséder une longueur de renseignement d'avance sur une éventuelle augmentation des intentions belliqueuses de l'URSS.

Enfin, permettre aux citoyens soviétiques de voyager dans un pays européen démocratique, capitaliste et riche comme la Finlande, a fortement contribué à éroder la propagande soviétique sur le déclin de l'Occident, menant au bout du compte à l'effondrement du régime soviétique. Un des buts cachés de cette politique de coexistence pacifique n'était pas sans rappeler l'Ostpolitik, ce qui explique sans doute la virulence avec laquelle l'extrême droite allemande l'a critiquée, contribuant ainsi à la connotation négative du terme.»

Remplis sous: La folie des mots Mots clés:
Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. Prévenez-moi de tous les nouveaux articles par email.

Laisser un commentaire


Aucun trackbacks pour l'instant