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Patrick Scalabrini: un passeport pour le baseball

Revue de presse

Carl Tardif, Le Soleil, 11 mai 2013

Patrick Scalabrini(Québec) Son passeport raconte une partie de son histoire, sa vie sur les losanges défilant à chaque page marquée d'une estampe du Canada, des États-Unis, de l'Australie, du Japon ou de Cuba. Bien qu'il soit un grand voyageur du baseball, Patrick Scalabrini s'est établi en permanence à Québec, où les Capitales lui permettent d'occuper l'un des rares postes de gérant d'un club professionnel au pays.

Photo ci-dessus : Patrick Scalabrini au Stade municipal du parc Victoria (Photo Le Soleil, Patrice Laroche)

Jeudi, Scalabrini va entamer sa quatrième saison à la barre des Capitales, qui font l'envie de plusieurs avec leurs quatre conquêtes d'affilée du championnat de la ligue Can-Am et de leurs cinq titres en sept ans.

«Comme joueur, j'étais assez réaliste et j'ai constaté assez tôt que je ne me rendrais pas dans les majeures. J'ai commencé à penser à mon après-carrière quand j'ai frappé un mur avec les Orioles [en 2005]. Je me disais que j'allais faire autre chose, mais il y a eu une ouverture ici grâce à Michel [Laplante]. N'étant pas le genre à cogner à toutes les portes, je ne serais probablement pas gérant si ce n'était pas des Capitales», avouait-il, quelques jours avant l'ouverture du 15e camp d'entraînement de l'équipe du Stade municipal.

Natif de Waterville, près de Sherbrooke, l'homme de baseball de 36 ans a toujours su qu'il terminerait sa carrière à Québec après un premier arrêt au parc Victoria, où il a fait ses débuts dans le baseball professionnel en 2001 après une carrière collégiale en Oklahoma et à Hawaii.

À sa sortie de l'Académie de baseball du Canada, il est recruté par les Seminoles d'Oklahoma State, terre d'accueil de nombreux joueurs québécois comme lui, Éric Gagné et Pierre-Luc Laforest. Il y deviendra un joueur de baseball à des lieux de celui qu'il était au Québec. Au terme de deux saisons productives et d'une participation remarquée à la Série mondiale des collèges de type junior, il reçoit une panoplie d'offres d'universités américaines de première division, dont le prestigieux programme d'Alabama, quatrième au pays à l'époque, qui lui proposait le poste de troisième-but partant.

Mais il y avait aussi l'Université d'Hawaii dans le décor, elle aussi en première division. «Hawaii, pour bien du monde, c'est l'ultime destination. Je me suis longtemps demandé si j'allais le regretter toute ma vie de ne pas y aller. J'ai pris ma décision en me disant que si j'étais assez bon au baseball, on me remarquerait peu importe la distance», raconte celui qui a finalement vécu trois ans à Honolulu, y complétant à la fois ses deux dernières saisons collégiales et son baccalauréat en histoire.

«Une vie de rêve» à Hawaii
«Je n'ai pas eu le succès espéré sur le terrain, mais j'ai vécu une vie de rêve pendant trois ans... J'ai eu plus de visiteurs à Hawaii qu'en Oklahoma, ça, je peux le confirmer!» rigole celui qui prévoit retourner visiter bientôt l'archipel du Pacifique.

Son périple de baseball le mènera aussi en Australie et à Cuba avec l'équipe nationale, ainsi qu'au Japon dans le cadre d'une tournée avec le club indépendant de St. Paul en 2006. «J'ai pris le goût des voyages à cause du baseball. Et quand tu commences à aimer ça, tu n'en fais jamais assez.»

En 2003 et en 2005, il a vécu deux expériences à l'opposé dans le baseball affilié. Une première décevante avec les Cubs de Chicago, où une blessure mineure l'empêchera de se faire valoir avant qu'on ne le libère. «Il s'agissait de ma première chance et je pensais aussi que c'était la dernière, j'étais amèrement déçu.»

Il signe ensuite un contrat avec les Goldeyes de Winnipeg, où il connaît deux excellentes saisons, dont sa plus productive en carrière en 2004 avec 20 circuits, 66 points produits et une moyenne de ,322. Ce qui lui ouvre la porte des filiales des Orioles de Baltimore en 2005, son parcours s'arrêtant au niveau A-fort à la fin de cette campagne et «honnêtement, je ne me serais pas résigné non plus...»

Avant de revenir écrire le dernier chapitre de sa carrière à Québec, il fera un arrêt à St. Paul, l'un des endroits les plus courus du baseball indépendant. On connaît la suite. À sa dernière saison avec les Capitales, il se retirera volontairement de l'alignement afin de permettre à Pierre-Luc Laforest de se joindre à l'équipe. Il faisait alors un pas dans l'abri pour devenir l'adjoint de Laplante. Une saison plus tard, il devenait le gérant des Capitales, un poste qu'il espère «garder le plus longtemps possible».

Un gagne-pain à temps plein
À une époque pas si lointaine, il était quasiment impossible pour un Québécois de gagner sa vie dans le baseball. Les temps changent et Patrick Scalabrini peut le constater, lui qui travaille à temps plein dans le sport qui le passionne.

«Il y a 10 ans, il y en avait zéro. Nous sommes maintenant plusieurs à pouvoir le faire en raison de la naissance des programmes sport-études de baseball. Mais dans mon cas, les Capitales occupent 65 % de mes tâches», dit celui qui cumule aussi un poste d'entraîneur au sport-études de l'école Cardinal-Roy et qui donne des cours à l'Académie des Capitales.

Les trois fonctions lui procurent un salaire semblable à celui d'un professeur d'éducation physique de quelques années d'expérience. «Je vis bien, je ne suis pas au seuil de la pauvreté», rassure celui qui deviendra papa pour la première fois cet été.

Il se plaît dans son rôle d'architecte des Capitales. En plus d'avoir l'option de choisir ses joueurs, il a poursuivi la tradition d'humanité et de respect établie par son prédécesseur, des valeurs plus importantes que les simples statistiques.

«J'ai vu pas mal d'idéologies au fil des ans, je voyais bien ce qui fonctionnait et ce que j'accepterais. Ma philosophie ressemble à celle de Michel [Laplante] et je crois aussi à la stabilité. Ce n'est pas un hasard si notre noyau revient à chaque année. Et quant les meilleurs joueurs croient à ta façon de faire, tout devient plus facile.»

Pas de bâton dans les roues
Il aime particulièrement la période qui vient de se terminer, celle où il doit trouver des joueurs, les mettre sous contrat et renouveler les ententes avec ceux qui reviennent. «Je trippe à monter mon équipe, j'adore la tâche de directeur général des opérations baseball. J'ai la chance d'avoir de la liberté, de pouvoir signer qui je veux. Je suis tombé sur un travail incroyable, c'est le rêve de tous les gérants de diriger sans avoir de bâton dans les roues.»

Qui plus est, le baseball indépendant a fait sa marque et gagné en respect depuis son premier contact avec le circuit fondé par Miles Wolff. Il est même fier d'y être associé.

«Le baseball indépendant est à des années-lumière de ce qu'il était en 1999 [première saison des Capitales]. L'évolution a été énorme. Prends seulement l'Internet, les statistiques de tous les joueurs sont à notre portée. Et nous, on n'a pas le choix de se fier aux chiffres parce qu'on n'a pas les moyens d'avoir des dépisteurs partout.

«Je connais toutes les ligues, je suis en mesure de transposer les stats d'une ligue à l'autre. Ça explique aussi une partie de la stabilité puisqu'il y a moins d'essais-erreurs qu'à l'époque de Jay Ward [1999 à 2001], par exemple.»

Scalabrini, dont le frère Dany a joué avec les Capitales de 2005 à 2007 avant de s'établir en France, n'a plus l'impression que l'on perçoit le baseball indépendant comme étant une ligue de garage ou semi-professionnelle. «Il y a des joueurs de fort calibre qui me contactent alors qu'avant, on courait après eux. Et les agents nous disent qu'on a une organisation de première classe, c'est plaisant à entendre.»

Des Québécois pour les Expos
L'ambition personnelle n'est pas au sommet des priorités de Patrick Scalabrini. Heureux à Québec, il ne caresse pas le rêve de diriger une équipe du baseball affilié. «Je ne dis pas non, mais ce n'est pas vraiment mon objectif», répond-il avec franchise.

Il a déjà goûté au baseball affilié qui mène jusqu'aux ligues majeures, et comme on le dit, il connaît la chanson! «Un gérant comme moi ne décide de rien dans l'affilié. Il ne fait pas son équipe, ne construit pas son alignement des frappeurs, ne décide pas qui joue ou non. Il peut recevoir son line up par courriel quelques heures avant un match, ne pourra pas changer son lanceur avant telle manche et sera obligé de faire jouer la recrue millionnaire, peu importe son rendement ou son attitude. »

Si les Capitales ont longtemps été l'unique club professionnel au Québec, un deuxième s'ajoute avec l'arrivée des Aigles de Trois-Rivières dans la ligue Can-Am. Et de plus en plus, on parle d'un retour des Expos à Montréal. Si cela se produisait, un jour, «Nos Amours» auraient sûrement besoin d'une touche québécoise.

«Inévitablement, les Expos seraient encore une grosse machine américaine, mais ils devraient donner la chance à certains visages familiers, comme Éric Gagné, Denis Boucher, Pete Laforest, etc. Je ne dis pas qu'ils devraient imiter le modèle des Capitales, parce que ça n'a rien à voir, mais il faudrait pousser quelques Québécois.

«Je n'en fais pas une obsession, mais je suis en faveur que les Expos reviennent, sauf que je suis conscient que ça peut prendre du temps et que ça n'arrivera pas de sitôt.»

Ses meilleurs amis dans le baseball
«Sur un pied d'égalité, je dois placer T.J. Stanton (l'actuel instructeur des lanceurs avec les Capitales) et Todd Purtell. J'ai joué souvent dans les mêmes équipes de T.J. et je ne connais pas un être humain qui ne l'aime pas. Todd était mon coloc à Hawaii et il m'avait beaucoup aidé à me préparer avant d'aller chez les Orioles. Il viendra d'ailleurs me visiter, cet été.»

Le gérant l'ayant le plus marqué
«Michel Laplante, bien sûr. Sans essayer de l'imiter, il y a beaucoup d'éléments de sa philosophie que j'utilise. Il y a aussi Lloyd Simmons, qui m'en a appris beaucoup. À Oklahoma, il y avait 92 % des joueurs qui le détestaient, mais Éric [Gagné] et moi, on a fait partie du 8 %. Il y a des jours où je l'aimais, d'autres où je le détestais, mais je l'ai toujours respecté.»

Le meilleur joueur des Capitales
«Eddie Lantigua a été clairement le frappeur le plus puissant et le plus productif, mais j'ai toujours été plus impressionné par les joueurs qui pouvaient tout faire sur un terrain. Alors je dirais Sébastien Boucher, qui possède tous les outils. Il pourrait évoluer dans les majeures et il n'aurait pas l'air fou. Dans les différentes équipes auxquelles j'ai été associé, je pense aussi à Nick Markakis [Baltimore], lui aussi un joueur complet.»

Le plus beau stade où il a joué
«Celui des Pelicans de Myrtle Beach [filiale A des Braves d'Atlanta] avec sa vue sur la plage et la mer. Mais au niveau de l'ambiance, il n'y a pas une place plus bruyante qu'à Québec, où les spectateurs enveloppent le terrain. Il y a tellement de bruit, qu'on a de la misère à s'entendre sur le losange, contrairement à Winnipeg, où malgré la présence de 6000 spectateurs, on peut se parler d'un coussin à l'autre...»

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.

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