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Le docteur qui a relancé la carrière de Phillippe Aumont

Revue de presse

Louis Senay, 98,5 fm Sports, le 3 novembre 2012

Phillippe Aumont98,5 Sports) - Phillippe Aumont a ravivé l'intérêt des nostalgiques du baseball majeur à Montréal en septembre dernier. Son arrivée chez les Phillies de Philadelphie a été suivie avec passion par un grand nombre d'amateurs de baseball québécois. Ce qu'on sait moins, c'est que deux ans plus tôt, le lanceur droitier format géant originaire de Gatineau avait failli tout abandonner.

« Après la saison, j’étais en dépression. Je me disais : ça ne se peut pas, je n’ai jamais vécu ça. C’était la première fois que j’échouais à quelque chose pendant une saison complète. Le docteur est arrivé au bon moment pour changer mon processus », a-t-il confié à Derek Aucoin dans une entrevue diffusée sur les ondes du 98,5 fm dans le cadre de l’émission Bonsoir les sportifs.

Photo ci-dessus : Pour l’ensemble de son premier stage au plus haut niveau, le Québécois Phillippe Aumont montre une fiche de 0-1 en 18 présences au monticule, incluant deux sauvetages, 14 retraits au bâton en 14 manches et deux tiers lancées, une mpm de 3,68 et un ratio de 1,56 retrait sur des prises par rapport aux buts sur balles accordés.

L’artilleur de six pieds, sept pouces, 260 livres, qui agissait alors dans le rôle de partant, venait de connaître une année de misère, compilant un dossier combiné de trois victoires, onze revers, dans les équipes-écoles de classes A et AA des Phillies, à Clearwater et Reading. Sa moyenne de points mérités de la saison 2010 s’élevait à 5,68.

Le docteur, c’est le psychologue sportif Jack Curtis, qu’Aumont avait connu alors qu’il agissait principalement comme releveur dans les filiales des Mariners de Seattle, qui avaient sélectionné le diplômé du programme sport-études de l’École du Versant dès la première ronde, le onzième choix au total de la séance de repêchage amateur de juin 2007.

La leçon du doc
Aumont avait bien fait ses classes dans l’organisation des Mariners, compilant des mpm de 2,75 en 2008 et de 3,88 en 2009 avec le docteur Curtis qui enseignait son positivisme. Le désastre de 2010 a ensuite eu un effet dévastateur sur sa progression. Puis le doc a de nouveau croisé sa route, étant à son tour embauché par les Phillies.

« Moi, je ne croyais pas à ça (le positivisme). J’étais le king of the mountain. Rien ne pouvait m’arriver. J’ai frappé un mur », reconnaît Aumont.

Cette fois, il a fait confiance aux ordonnances du médecin. Il s’est mis à pratiquer les exercices prescrits. Si vous le croisez aujourd’hui, vous trouverez sans doute le porte-couleurs des Phillies avec un calepin à la main, notant plein de banalités de la vie quotidienne telles: « J’ai vu la plus belle voiture que j’aie jamais vue, j’ai vu une belle madame, j’ai vu un oiseau, j’ai senti une bonne odeur. »

La leçon du doc, c’est qu’il faut « se concentrer sur le positif, ça va chasser le négatif, rouler le positif dans ton subconscient », relate Aumont.

«Je mets des affirmations sur papier, je les relis trois, quatre fois… Je fais juste m’asseoir, je ferme les yeux, je visualise un petit scénario que j’exécute ce que j’ai lu, ce que j’ai vu. Comme ça, ça va commencer à être imprimé dans ton subconscient. Ton corps va devenir habitué à ça…

«Sur le monticule, tu n’es pas supposé rien faire, c’est tout en dehors du terrain. Ça m’a aidé à faire un lancer à la fois, il faut que je pense au lancer suivant», précise-t-il.

«Je donne une partie de crédit au docteur Curtis, avec qui j’ai travaillé les deux dernières années. Le gars m’a donné beaucoup d’outils», reconnaît-il à présent.

La marche est haute
On a beau se bercer de positivisme, quand on passe du rêve à la réalité, la marche est haute à franchir… et un nouvel environnement amène plein de nouvelles sensations à contrôler.

«Quand mon gérant (des ligues mineures) m’a appelé, j’ai commencé à avoir de l’adrénaline. J’étais nerveux. Il n’y a rien pour décrire le feeling que tu as. J’étais dans un rêve pendant une semaine», s’enthousiasme Aumont.

De Lehigh Valley à Philadelphie, il n’avait qu’une heure dix de trajet à faire en automobile, mais «je suis arrivé au terrain huit heures avant la game», admet-il sans détour.

«Le premier gars que j’ai vu, c’est Roy Halladay. Il m’a dit : on est content que tu sois avec nous.»

Un tel accueil, de la part d’un vétéran aguerri, a de quoi provoquer une autre montée d’adrénaline. Le nouveau venu en a pleinement profité, traversant ses onze premières présences au monticule en accordant un seul tout petit point mérité. Il était à nouveau «roi de la montagne», fort d’une phénoménale mpm de 1,08 à ses débuts dans les grandes ligues.

Son plus gros test, jusque-là, il dit l’avoir passé face aux Marlins de Miami. «C’est l’équipe qui avait les plus gros gars. Giancarlo Stanton, c’est une grosse machine, immense, Carlos Lee était immense à la plate, Jose Reyes c’était la même chose. Si je manquais mon lancer, j’aimais mieux être en dehors de la zone», confie-t-il.

Le rêve s’est donc poursuivi jusqu’à la mi-septembre. Puis, un voyage à Houston l’a ramené vite à une triste réalité. Les Astros, pourtant la pire équipe du baseball majeur et de loin, avec un pitoyable rendement de 55-107, l’ont matraqué de quatre points en deux tiers de manche étalés sur deux sorties en l’intervalle de quatre journées.

Après cela, il a eu droit à deux jours de congé, qui l’ont fait réfléchir à ce qui venait de se passer. «Je n’avais pas le choix. Il y a bien des gars qui vont te mettre la vie dure après la game, le lendemain, le surlendemain. Ils disent toujours : j’oublie, mais dans le subconscient, ça reste pareil. Il faut que tu aies du fun avec les gars, il faut que tu oublies.»

Ces deux jours ont passé, puis est venu le moment de remonter sur la butte, avec tout que la leçon du doc implique. Aumont a eu droit à six autres missions en l’espace de dix jours. Son bilan : cinq manches et un tiers lancées, un seul point mérité.

Pour l’ensemble de ce premier stage au plus haut niveau, le Québécois montre une fiche de 0-1 en 18 présences, incluant deux sauvetages, 14 retraits au bâton en 14 manches et deux tiers lancées, une mpm de 3,68 et un ratio de 1,56 retrait sur des prises par rapport aux buts sur balles accordés.

Redonner aux suivants
Pas mal pour un gars qui n’a commencé à jouer au baseball qu’à l’âge de 12 ou 13 ans!

Auparavant, il s’orientait davantage vers le hockey. Le problème, c’est qu’au rythme auquel il grandissait chaque année, «ça aurait été cher pour l’équipement de hockey».

Il a donc quitté les patinoires au profit des losanges, même si, de son propre aveu, il n’était «pas un maniaque de baseball. J’avais un gant, une balle, je me lançais avec mon père…»

À force de lancer, il s’est retrouvé au programme sport-études Gatineau, auquel il redonne avec joie maintenant. Et pour cause: «C’est grâce à eux que j’ai monté les échelons. Revenir donner de mon temps aux gens, il faut je le fasse pour eux. Si c’est leur rêve, je dois leur en donner la chance.»

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.

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  1. Dans le premier paragraphe, est-il possible de faire une correction? Je crois que Philippe est droitier et non gaucher. Salutations. G.Ouellet

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