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Le Parque de la Memoria… à la mémoire des victimes du « terrorisme d’État »!

Texte et photos de Céline et Jacques Lanciault

Voici le 52e d’une série de reportages sur notre superbe odyssée à Buenos Aires en Argentine, un périple réalisé à la fin de l’hiver 2016!

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Buenos Aires, Argentine, jeudi 17 mars 2016 — Notre beau périple à Buenos Aires tire à sa fin. Il ne nous reste plus que deux jours pour compléter notre programme de visites.

Aujourd’hui, malgré la chaleur, nous y allons d’une très longue promenade pour nous rendre dans un « parc-monument » érigé à la mémoire des victimes du terrorisme de l’État, le Parque de la Memoria — Monumento a las Víctimas del Terrorismo de Estado. Ouf!

Il s’agit d’un immense parc de 14 hectares, situé sur les rives du Río de la Plata. C’est un lieu de mémoire qui combine la force d’un monument où sont inscrits les noms des personnes disparues ou assassinées par l’action répressive de l’État et la capacité critique que l’art contemporain suscite… un témoignage silencieux au sort de nombreuses victimes.

Photo ci-dessus : L’artiste argentin Nicolás Guagnini, né en 1966, s’est inspiré d’une photo de son père disparu en 1977 pour rappeler sa mémoire sur un genre de prisme composé de 25 pièces d’aluminium… Il a intitulé son œuvre « 30 000 » en référence aux 30 000 personnes disparues au cours de cette période.

Pour agrandir les photos, il suffit de cliquer sur celles-ci.

N.-B. : Pour regarder le diaporama des photos présentées sur cette page, cliquez sur n’importe laquelle des photos.

Encore un beau ciel bleu sans nuages à notre réveil ce matin. Nous sommes vraiment bénis des Dieux! Les prévisions météorologiques pour la journée sont encore une fois superbes : 24 degrés Celsius en matinée et 32 en après-midi!

Nous partons à 9 h 40, sachant que nous aurons à marcher très longtemps avant d’arriver à notre destination, le Parque de la Memoria. Le site où le parc a été érigé est éloigné du centre-ville et surtout difficile d’accès, aucune station de subte ne le desservant.

Dans un premier temps, nous nous rendons à la station de subte Scalabrini Ortiz et nous montons dans le métro portègne qui nous mène à la station Juramento, la même où nous sommes descendus hier matin.

Nous sortons à l’air libre à 10 h 05 et amorçons notre trajet, à pied, en direction du Río de la Plata. Nous marchons sur l’avenida Juramento.

En marchant, nous apercevons une tour d’habitations dont les derniers étages sont impressionnants.

Avenida Juramento, Buenos Aires, Argentine

Avenida Juramento, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : Une tour d’habitations sise au 1901 de l’avenida Juramento dont les étages supérieurs sont particuliers.

Fidèles à nos habitudes portègnes, vers 11 heures, nous nous arrêtons sur une terrasse pour savourer notre collation du matin. Le restaurant se nomme Antonia Trattoria, c’est un endroit très bien décoré.

Ce matin, en raison de la chaleur, Céline substitue une bouteille d’eau à son habituel cappuccino. Quant à moi, j’y vais tout de même avec un café doble… et nous commandons trois médialunas. (80 pesos argentins, incluant le pourboire, une aubaine).

Avenida Juramento, Buenos Aires, Argentine

Avenida Juramento, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : La très agréable « Trattoria d’Antonia ».

Nous sortons et poursuivons notre balade vers le Río de la Plata. Nous marchons toujours sur l’avenida Juramento. Nous arrivons à la jonction de deux autoroutes! Chanceux, nous trouvons rapidement un pont piétonnier que nous empruntons pour traverser… ce qui sous le pont est une véritable piste de Formule 1.

Nous arrivons au Parque Norte, un grand parc aquatique qui sera certainement très populaire aujourd’hui en raison de la chaleur. Nous le longeons en empruntant l’avenida Rafael Obligado pour finalement arriver au Parque de la Memoria — Monumento a las Víctimas del Terrorismo de Estado, ce qui signifie « parc-monument érigé à la mémoire des victimes du terrorisme de l’État ».

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : L’affiche nous indiquant l’entrée du parc.

Rappelons ici que l’Argentine a connu une période très sombre entre 1976 et 1983, pendant la dictature militaire du général Videla. Déjà nous en avons parlé lorsque nous avons assisté au défilé hebdomadaire des « grands-mères » sur la place de Mai.

Selon les estimations entre 20 000 et 30 000 personnes sont disparues ou ont été assassinées au cours de ces années noires. Ici le mot pour parler de cette période est Desaparecidos, ce qui peut se traduire en français par « manquants » ou « disparus »!

Il a été décidé par les autorités de la ville autonome de Buenos Aires, d’ériger ce parc-monument en 1998. Ce n’est toutefois qu’en 2007 qu’il a été inauguré.

Sur le site Internet de la ville de Buenos Aires nous pouvons lire, quant au parc, que « Ce lieu de mémoire n’a pas la prétention de vouloir panser les plaies ou d’étaler la vérité et l’absence de justice au grand jour, mais de devenir un lieu de mémoire, d’hommage, de témoignage et de réflexion. »

« Son objectif est que les générations actuelles et futures qui visitent cet endroit prennent conscience de l’horreur commise par l’État et de la nécessité de ne JAMAIS répéter des événements similaires. »

Le monument principal est composé de quatre stèles en béton sur lesquelles ont été apposées 30 000 plaques de porphyre où sont gravés les noms des hommes, des femmes et des enfants victimes des violences de l’État. Les noms ont été placés chronologiquement, par année de disparition ou de meurtre et par ordre alphabétique! En outre, l’âge des victimes est indiqué tout comme les cas de femmes enceintes sont signalés.

Et partout sur le site, des œuvres d’art ont été installées!

Le projet est devenu une expérience de participation sans précédent : les organisations des droits de l’homme, l’Université de Buenos Aires, les artistes et le pouvoir exécutif ayant travaillé ensemble pour la réalisation de cet espace.

Le parc-monument s’étend aujourd’hui sur 14 hectares!

Il est 11 h 20 lorsque nous y entrons. C’est gratuit.

C’est très vaste et les arbres sont encore jeunes, ce qui a pour conséquence de limiter les zones ombragées… et avec la chaleur et le soleil qui brille de tous ses feux, la balade dans le parc s’annonce difficile.

Il y a des carrés de pelouse, des bancs, des affiches d’informations, des installations et quelques sculptures. Il n’y a toutefois que très peu de visiteurs.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : À l’entrée, il y a des photos de disparus et de victimes.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Une affiche signalant l’aide apportée par « l’autre rive », la « otra orilla », venue d’Europe, en particulier de France.

Nous croisons une première œuvre, elle est sans titre. Une sculpture installée en 2003, une œuvre de Roberto Aizenberg (1928-1996)…

Aizenberg a épousé la journaliste et écrivaine Matilde Herrera (1931-1990) de l’hebdomadaire Primera Plana. Les trois enfants d’un mariage antérieur de l’écrivaine, Valeria, José et Martín Beláustegui, vivaient avec eux. Peu après le coup d’État militaire, en 1976 et 1977, les trois enfants et leurs conjoints ont été enlevés. La fille de Herrera et l’une de ses belles-filles étaient enceintes. Ils n’ont jamais été retrouvés.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Un monument réalisé par l’artiste Roberto Aizenberg avant son décès en 1996 a été installé dans le « Parque de la Memoria ». On comprend facilement qu’il s’agit d’une représentation stylisée des trois enfants disparus de sa conjointe.

Nous arrivons devant une sculpture dite sonore qui a été créée par l’artiste argentin León Ferrari (1920-2013). L’œuvre a été donnée en 2011 au Parque de la Memoria, par la Fondation Augusto y León Ferrari à la demande de l’artiste lui-même.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : Cette œuvre s’intitule « A los Derechos Humanos », ce qui signifie « Aux droits de l’Homme ». Elle est une réalisation de León Ferrari.

Puis, voici une sculpture où on peut lire une phrase éloquente : Pensar es un hecho revolucionario, ce qui signifie « Penser est un acte révolutionnaire »!

L’œuvre est de Marie Orensanz 1999-2010, l’une des lauréates du concours international qui a eu lieu pour choisir les sculptures provenant d’artistes du monde entier pour maintenir, du point de vue artistique, la mémoire vivante des problèmes tels que le terrorisme d’État et les disparus, qui dépassent les frontières argentines.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : « Pensar es un hecho revolucionario », une œuvre de Marie Orensanz

Soudain, devant nous, le Río de la Plata, une véritable mer.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Le Río de la Plata vu du « Parque de la Memoria ».

La promenade aménagée le long du fleuve est très belle et décorée d’un grand nombre d’affiches, toutes aussi éloquentes les unes que les autres.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : L’éloquence en affiche : 10 000 prisonniers politiques et 30 000 victimes entre 1976-1983.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : D’où nous sommes nous apercevons un des bâtiments où sont inscrits les noms des victimes et des disparues.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Un monument qui nous apparaît curieux pour le moment. Nous le comprendrons mieux dans quelques instants.

Nous apercevons une statue dans l’eau du fleuve!

Il s’agit d’une des œuvres du Parque de la Memoria. Elle s’intitule Reconstrucción del retrato de Pablo Míguez, c’est-à-dire « Reconstruction du portrait de Pablo Míguez ». L’œuvre est de l’artiste Claudia Fontes.

L’artiste a recréé, grandeur nature, la silhouette et le portrait de Pablo Miguez à 14 ans, soit à l’âge qu’il avait lorsqu’il a été enlevé par le régime.

Elle a imaginé son personnage installé debout sur l’eau, face à l’horizon. De la côte, elle n’est visible que de derrière, comme une présence lointaine découverte par les éclairs du soleil qu’elle peut refléter.

« L’œuvre a été réalisée, dira l’artiste, avec le désir de rappeler que le 12 mai 1977 à 3 heures de l’après-midi Pablo Miguez, quatorze ans, a été privé de sa liberté et de son avenir. »

L’artiste a mentionné vouloir ainsi maintenir vivante la vérité sur cette énorme injustice !

Soulignons que de nombreuses victimes, âgées dans la vingtaine et la trentaine, ont été tout simplement « larguées vivantes » d’un avion dans le Río de la Plata!

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : La sculpture intitulée « Reconstrucción del retrato de Pablo Míguez » est en acier inoxydable, poli miroir, de manière à refléter la couleur de l’eau du Río de la Plata à sa surface. Elle est située à environ 30 mètres de la côte, sur une plate-forme flottante ancrée au fond du fleuve de telle sorte que les vagues la balancent légèrement.

Nous nous approchons du bâtiment. Le long des murs sont inscrits le noms et l’âge des disparus, mais c’est très difficile à lire.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Les noms des victimes… vraiment difficiles à lire avec ou sans le soleil.

Puis nous voici face à l’œuvre que nous ne comprenions pas il y a quelques minutes. Il s’agit d’un genre de prisme composé de 25 pièces d’aluminium sur lequel apparaît le visage d’une personne.

L’œuvre est intitulée « 30 000 » en référence aux 30 000 personnes disparues au cours de cette période.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : L’artiste argentin Nicolás Guagnini, né en 1966, s’est inspiré d’une photo de son père disparu en 1977 pour rappeler la mémoire ce celui-ci.

Nous poursuivons notre balade dans le parc et nous croisons une sculpture curieuse!

L’œuvre s’intitule Torres de la memoria. Elle est de l’artiste argentin Norberto Gómez (1941 —) et a été inaugurée en 2012. Elle a été réalisée dans le cadre d’une série intitulée « Las Armas » avec des éléments qui représentent des instruments de torture datant du Moyen-âge.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : « Torres de la memoria » de l’artiste argentin Norberto Gómez.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Soudain, un avion s’élève dans le ciel. L’aéroport doit être tout près.

Nous passons devant une installation composée de trois blocs. Elle s’intitule Monumento al escape. Les trois figures géométriques suggèrent un centre de détention. L’œuvre est de l’artiste américain Dennis Oppenheim (1938-2011)

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photos ci-dessus : L’œuvre intitulée « Monumento al escape ».

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine
Photos ci-dessus : « Victoria », une réalisation de 2001 de William Tucker.

Parque de la Memoria, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Une dernière vue sur le site avant de quitter.

Nous quittons à 12 h 15… et revenons à pied en reprenant le chemin inverse. Il fait excessivement chaud et c’est très humide, nous dégouttons.

Nous marchons durant 45 minutes, puis nous entrons dans un restaurant sur l’avenida Juramento… où il y a de l’air conditionné. L’endroit se nomme Bar Santa Maria.

Avenida Juramento, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : Le restaurant-bar Santa Maria.

Céline commande une salade César au poulet et une eau minérale, tandis que j’opte pour un hamburguesa et une bière.

La serveuse nous apporte la facture, 445 pesos argentins, et voyant notre carte de crédit, elle nous indique que seuls les paiements comptant sont acceptés! Nous payons comptant… en nous demandant s’il nous restera suffisamment de pesos pour payer le taxi qui nous mènera à l’aéroport samedi matin.

Nous repartons à 13 h 45. Nous cherchons une station de subte que nous trouvons rapidement.

Nous revenons finalement à l’appartement à 14 h 30… totalement épuisés.

Vers 17 h 30, nous sortons sur la terrasse et prenons l’apéritif… le mercure indique alors 32 degrés Celsius.

À suivre…
De la pluie pour notre dernière journée… courte visite au Palacio Nacional de las Artes… qui prend place dans un édifice nommé « Palais de glace » qui fut inauguré en 1910 pour héberger une patinoire de 21 mètres de diamètre!

Le Palais de Glace, quartier Recoleta, Buenos Aires, Argentine

Photo ci-dessus : L’édifice de l’ancien « Palais de Glace » abrite aujourd’hui le Palacio Nacional de las Artes.

Pour lire l'ensemble de nos textes sur Buenos Aires, cliquez sur le lien suivant pour obtenir la table des matières :Buenos Aires, Argentine

Bibliographie

Atlas en fiches, Buenos Aires, Éditions Atlas, 2008;

Cartoville - Buenos Aires, Guides Gallimard, 2014;

Buenos Aires, Le petit futé, 2014, 360 pages;

Encyclopédie libre Wikipédia, Argentine, Buenos Aires, Plaza de Mayo, Casa Rosada, et plusieurs autres pages;

Escale à Buenos Aires, Ulysse, 2014, 176 pages.

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