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Michel Laplante, l’homme le plus intéressant au Québec

Revue de presse

Michel Laplante

Un infatigable athlète devenu un infatigable bâtisseur, un visionnaire en affaires, un homme près de sa communauté, un ambassadeur du baseball... Michel Laplante est tout ça, et bien plus.

Texte de Martin Leclerc, Ici Radio-Canada, le 8 août 2017

Il est fort possible que vous ne le connaissiez pas. Et si c’est le cas, vous manquez réellement quelque chose. Michel Laplante est sans doute l’homme le plus intéressant que l’on puisse trouver dans le petit univers du sport au Québec.

Photo ci-dessus : Michel Laplante. (Photo : Radio-Canada/Pascal Ratthé)

À 47 ans, il est le président hyperactif des Capitales de Québec, de la Ligue de baseball Can-Am. Je l’ai connu en 1990 lorsqu’il était âgé de 21 ans et qu’il était un extraordinaire lanceur dans la Ligue de baseball Montréal junior élite.

Ce qui était extrêmement particulier chez lui à l’époque, c’est qu’il était un joueur de tennis (!) et qu’il s’était joint à sa première équipe de baseball seulement deux ans plus tôt, à l’âge de 19 ans (!), dans son Abitibi natale.

Doté d’habiletés et d’un bagage génétique hors du commun, il fait fi de son inexpérience pour devenir membre de l’équipe nationale du Canada. Il est aussi repêché par les Pirates de Pittsburgh et se rend jusqu’aux portes du baseball majeur (il a joué au niveau AA dans l’organisation des Pirates et au niveau AAA pour les Expos de Montréal et les Braves d’Atlanta). Puis, il devient une vedette de baseball à… Taïwan.

Si le parcours de Michel Laplante s’était simplement arrêté là, il se serait déjà classé parmi les plus remarquables de notre histoire sportive.

Sauf que la suite, incroyablement, s’est avérée encore plus spectaculaire.

Tous les projets – souvent inusités – que cet homme touche semblent réussir.

Quelques exemples :
• En 1998, alors qu’il était encore un baseballeur, il a participé à la création des Capitales de Québec avec leur propriétaire de l’époque, l’Américain Miles Wolfe. Près de 20 ans plus tard, cette équipe de baseball professionnel indépendant (du baseball majeur) est une institution dans la ville. Les Capitales ont désormais des adversaires « locaux » à Trois-Rivières et à Ottawa, ce qui relevait presque de la science-fiction au moment de leur création.

• Au milieu des années 2000, lors d’un dîner regroupant amis et connaissances, Michel Laplante se retrouve assis à côté d’un ingénieur forestier qui lui vante les qualités du bois de bouleau jaune, l’arbre emblématique du Québec. Une idée est lancée : pourquoi ne fabriquerait-on pas des bâtons de baseball en bouleau jaune? Ça ne s’était jamais fait. Financé par des ingénieurs, Laplante s’achète un tour à bois et se met à l’œuvre. Le fabricant de bâtons de baseball B-45 naît très modestement. Nous sommes en 2017 et une quarantaine de joueurs de la MLB utilisent des bâtons B-45! La compagnie a récemment été vendue à un groupe canado-américain dont fait partie l’ex-lanceur Éric Gagné.

Après la retraite, on peut qualifier d’infinitésimal le pourcentage d’athlètes qui réussissent à faire le saut dans le monde des affaires et à y créer quelque chose de nouveau. Acheter une franchise de Tim Horton’s est une chose. Inventer une entreprise qui n’existait pas auparavant et en faire un succès en est une autre.

Si l’histoire de Michel Laplante s’arrêtait là, elle serait donc absolument remarquable. Sauf qu’en fin de compte, c’est probablement le volet communautaire de sa vie qui est le plus remarquable.

Tous les enfants qui rêvent devraient avoir un Michel Laplante dans leur communauté.

Il est originaire de Val-d’Or. À l’âge de 12 ans (nous sommes au début des années 1980), ses amis et lui s’équipent de pelles et entreprennent de transformer un parc de quartier en terrain de balle et… en piste de BMX (!).

« Après deux semaines de travaux, la Ville est intervenue et a mis fin à l’aventure. Nous sommes allés plaider notre cause au conseil municipal, mais notre projet n’a pas été accepté. La Ville a installé des balançoires à la place », se désole-t-il encore.

Deux ans plus tard, nouvelle peine d’amour sportive : faute de moyens financiers, Laplante est contraint d’abandonner la pratique du hockey.

« Nous étions quatre garçons à la maison et nos parents n’en pouvaient plus. C’était difficile monétairement. Le hockey coûtait cher et il me fallait en plus de nouveaux patins. J’ai cessé de jouer à ce moment-là. Ça me décevait tellement d’arriver à l’école et d’entendre mes amis raconter leur victoire de la veille. »

À défaut de hockey, Michel Laplante se lance dans le tennis. Sans entraîneur et dans une région où il n’existe pas de court intérieur. En frappant des balles sur un mur de gymnase durant l’hiver, il devient l’un des meilleurs joueurs du Québec!

Puis, au milieu des années 1980, la vie sportive abitibienne connaît un boom gigantesque. Val-d’Or obtient la présentation des Jeux du Québec de 1987 et les autorités municipales construisent toutes sortes d’infrastructures sportives, y compris le terrain de baseball dont rêvaient Laplante et ses amis lorsqu’ils avaient 12 ans.

Le temps file.
L’année suivant les Jeux, Michel Laplante est âgé de 19 ans. Même s’il est devenu enseignant de tennis et qu’il performe bien comme joueur sur la scène provinciale, ses amis l’invitent sans cesse à jouer au baseball avec eux. Ils ont profité de l’aménagement du nouveau terrain pour créer une petite ligue amicale à trois équipes.

« J’ai dit à ma gang que j’irais jouer au baseball quand mon horaire allait me le permettre. J’ai commencé à jouer au sein d’une équipe cette année-là et j’ai dû disputer seulement une douzaine de matchs. Puis, à la fin de la saison, Michel Landry, un légendaire bénévole du baseball abitibien, m’a dit : “Tu as un certain talent. Pourquoi tu n’essaies pas d’aller plus loin?” »

Le printemps suivant, Laplante part avec son sac d’équipement et se taille une place avec les Bisons de Saint-Eustache… de la Ligue de baseball Montréal junior élite!

Puis, à sa deuxième saison junior, parce que sa blonde Francine lui tord un bras, il se rend à LaSalle à une séance d’évaluation organisée par les Braves d’Atlanta même s’il ne figure pas sur la liste des invités.

« Je ne connaissais pas la région de Montréal. Je me suis perdu et, quand je suis arrivé au parc, tout le monde était rassemblé au champ centre. Les gens de l’organisation étaient en train d’expliquer le programme de la journée et de donner des directives aux joueurs. »

- What are you doing here?, lance un recruteur des Braves?

Laplante ne maîtrise pas l’anglais.

- Val-d’Or! Il veut savoir ce que tu fais ici!, traduit l’un des joueurs, pour le tirer d’embarras.

- Play baseball, sir!, réplique Laplante.

À la fin de la séance, un recruteur américain des Braves demande à s’entretenir avec l’intrus abitibien. Le recruteur québécois de l’organisation, Robert Isabelle, agit comme interprète.

- Mon garçon, si tu étais deux ans plus jeune [Laplante est alors âgé de 21 ans], on te faisait signer un contrat sur-le-champ. Nous n’en revenons pas des résultats de tes tests. Bravo! Et continue à jouer au baseball, lance le superviseur.

« Sans le savoir, ce recruteur venait de faire ma vie, explique Michel Laplante. Je m’en rappelle encore clairement. Je rentrais à la maison en voiture et je me disais : “Dans le fond, je suis bon à ce sport-là. Mais je ne le sais pas.” »

Quelques semaines plus tard, Michel Laplante connaît des séries éliminatoires exceptionnelles. Ses prouesses au monticule sont phénoménales et les Bisons de Saint-Eustache, à la surprise générale, remportent la Petite Série mondiale.

Il se met ensuite à déjouer tous les calculs. Les dirigeants de la nouvelle Académie de baseball du Canada (ABC) sont en quelque sorte forcés de l’accepter dans leurs rangs parce que Laplante a brillé au camp de sélection où, encore une fois, il n’avait pas été invité. Puis, incroyablement, il devient membre de l’équipe nationale canadienne!

Je n’en revenais pas! Chaque joueur avait un panier d’épicerie rempli d’équipement aux couleurs de l’équipe. C’était la première fois que j’avais un gant et des souliers à crampons neufs. - Michel Laplante

Et le voilà parti pour les Pays-Bas, où se déroule le Championnat mondial. C’est la première fois de sa vie qu’il prend part à un tournoi de baseball.

« Il s’est passé quelque chose d’étrange durant ce tournoi. Nous affrontions Cuba en demi-finale et le match était à égalité 2-2 en neuvième manche. Les entraîneurs m’ont inséré dans le match et j’ai accordé des buts sur balles aux trois premiers frappeurs.

« Je me suis retiré du monticule et je me suis dit : “Quand tu étais ti-cul, tu rêvais de jouer dans le septième match de la finale de la Coupe Stanley. Puis là, t’es ici. C’est un moment important pis t’as peur! Tes doigts tremblent. Il faut que ça arrête!” »

Dans l’abri, les entraîneurs canadiens ne se donnent même pas la peine d’échauffer un autre releveur. Ils concèdent en quelque sorte la victoire à Cuba, que le Canada n’a d’ailleurs jamais vaincu.

« J’ai retiré le prochain frappeur sur des prises. Et le suivant s’est commis dans un double jeu. J’ai ensuite lancé la 10e et la 11e manches et nous avons remporté le match en 11e », se souvient fièrement Michel Laplante.

À compter de ce moment-là, ma voie était tracée. Je me suis dit que j’allais tout faire dans ma vie pour éviter que des enfants n’aient pas la chance d’exploiter leur talent en raison d’un manque d’argent. Et je me suis promis de tout faire pour que les enfants aient confiance en eux. Parce qu’il y a plein de talents partout et que, bien souvent, les jeunes ne croient pas en leur potentiel. - Michel Laplante

Revenons en 2017
Il y a quelques semaines, Michel Laplante participait à l’inauguration d’un terrain de baseball à L’Ancienne-Lorette.

« J’essayais d’expliquer aux gens toute l’importance que peut avoir un parc dans la vie d’un quartier et dans la vie d’un enfant. Je n’ai pas été capable de finir mon discours. Les émotions étaient trop fortes », raconte-t-il.

Lorsque l’on connaît son parcours, on comprend exactement pourquoi le président des Capitales valorise autant les infrastructures sportives. En on comprend aussi les raisons pour lesquelles il consacre autant d’énergie à la réussite de sa mission : se servir du sport pour élargir les horizons des enfants.

Quand les Expos ont quitté Montréal en 2004, les Capitales de Québec existaient depuis seulement cinq ans. Les Montréalais y voyaient évidemment une perte. Mais Michel Laplante, lui, a plutôt flairé une occasion. Il a créé un organisme sans but lucratif (OSBL) et a fait l’acquisition de la surface synthétique du stade olympique pour une bouchée de pain. Il a ensuite loué de grands entrepôts inoccupés de l’Expo-Cité, à Québec. Et c’est ainsi qu’est né un centre de baseball et de soccer où ont défilé chaque semaine, jusqu’à tout récemment, quelque 3000 jeunes.

Après le départ des Expos, la région de Québec a été la seule de la province où la pratique du baseball a gagné en popularité. C’est absolument remarquable. « Ce centre nous a permis de développer l’Académie de baseball des Capitales, d’accommoder le programme de baseball sport-études, de participer au développement du soccer et même de favoriser la pratique de l’ultimate frisbee. Beaucoup d’heures ont été investies dans ce projet, mais ça a permis à des jeunes de s’entraîner à des prix raisonnables. C’était ça l’essentiel », explique Laplante.

Toutefois, l’été dernier, à quelques semaines d’avis, les dirigeants de cet ingénieux OSBL ont appris que leurs locaux étaient désormais considérés comme désuets et qu’ils allaient être démolis.

Complètement défait par cette nouvelle, Michel Laplante est alors allé se poster au milieu du terrain du vieux stade municipal (le domicile des Capitales), où l’on préparait déjà un projet d’installation d’une surface synthétique.

« Ça faisait des années que je plaidais pour l’aménagement d’une surface synthétique! La Ville versait 300 000 $ par année pour entretenir la surface naturelle, mais elle ne servait que 450 heures par année, et presque exclusivement aux Capitales.

« Nous avons proposé au maire Labeaume de nous laisser créer un autre OSBL et de nous laisser vendre le nom du stade pour nous financer. En procédant ainsi, la Ville pouvait nous verser 200 000 $ par année au lieu de 300 000 $.

« La surface synthétique coûtait 2 millions et elle permettait de quadrupler le nombre d’heures d’utilisation du terrain. En plus, elle faisait économiser 1 million à la Ville sur une période de 10 ans. Ça nous a pris du temps, toutefois, à trouver la bonne structure pour réaliser ce projet. »

Mais avec la fermeture des locaux d’Expo-Cité, il semblait impossible de dénicher un autre endroit suffisamment vaste pour accueillir les jeunes entre octobre et mai.

« Il fallait trouver une solution. Nous avions déjà rêvé tout haut d’installer un dôme au-dessus de notre terrain. Je suis donc allé fouiller sur l’ordinateur pour dénicher des fournisseurs et pour voir s’il était possible de réaliser cela. »

Après avoir discuté avec des spécialistes texans et floridiens, Laplante aboutit chez une firme de Toronto. Il repart de plus belle et explique son projet : recouvrir un terrain de baseball professionnel d’un dôme temporaire de 80 pieds de haut, six mois par année.

Ça ne se fait pas, Monsieur.

- Pourquoi ça ne se fait pas?

Laplante est tellement convaincant que le type de Toronto lui promet de convoquer ses ingénieurs pour étudier le projet.

À Montréal, le type qui peaufine le plan d’installation de la surface synthétique est abasourdi lorsqu’il entend Michel Laplante lui parler d’installer un dôme.

- Pardon? Bien non Michel, ça ne se fait pas! Les plans sont faits, et l’installation d’un dôme causerait d’importantes problématiques de drainage.

Nous sommes au début de septembre 2016. Le président des Capitales convie à Québec les ingénieurs et représentants des deux firmes pour le jeudi 8 septembre. Il a son projet en tête et il veut le réaliser.

Toutefois, durant le week-end, une terrible tragédie survient.

Michel Laplante accompagne son bon ami, le chanteur Roberto « Bob » Bissonnette, dans un mariage à Caraquet au Nouveau-Brunswick. Le dimanche 4 septembre, sur le chemin du retour, l’hélicoptère dans lequel ils se trouvent heurte une ligne à haute tension et s’écrase dans la rivière Restigouche.

Bob Bissonnette et le pilote, Frédérick Décoste, perdent la vie dans l’accident. Par miracle, Laplante en sort vivant. Les secouristes le retrouvent au milieu de la rivière, totalement confus, assis sur la carcasse de l’appareil.
Profondément meurtri par la perte de ses deux compagnons de voyage, Laplante est en quelque sorte défiguré par les nombreuses coupures qu’il a subies. L’impact de l’accident a été terrible, mais les médecins n’ont décelé aucune fracture.

Trois jours après l’accident, le mercredi 7 septembre, Michel Laplante est encore aux soins intensifs. Il annonce alors au médecin qu’il doit rentrer à Québec. Le lendemain, les Capitales rendent hommage à Bob Bissonnette et il tient à y assister. Et aussi, jeudi après-midi, il y a cette réunion importante pour concrétiser le projet de dôme sur le stade.

- Je ne peux pas te laisser partir, lui a dit le médecin.

« J’ai signé une décharge et je suis rentré à Québec », raconte-t-il.

Depuis cet été, le vieux stade municipal de Québec est l’un des complexes sportifs les plus innovateurs en Amérique du Nord. Les maires de plusieurs grandes villes se sont déjà déplacés pour venir y jeter un coup d’œil.

La surface de jeu synthétique a quadruplé le nombre d’heures d’utilisation du terrain. Désormais, on peut même le subdiviser pour y disputer simultanément plusieurs matchs de baseball mineur. Les enfants d’abord!

Et à compter d’octobre prochain, le stade qui porte maintenant le nom de la compagnie CANAC sera recouvert d’un dôme de 24 mètres (80 pieds) de hauteur, ce qui permettra d’y pratiquer le baseball durant tout l’hiver.

Le coût de ces améliorations pour les contribuables : zéro. La Ville fera même des économies.

Lorsque Michel Laplante prend un taxi à Cuba, les chauffeurs le reconnaissent et le saluent par son nom. Sa notoriété est aussi élevée que ça.

Dans ses temps libres (!) au cours des dernières années, la fierté de Val-d’Or a ouvert une « voie diplomatique » sans précédent avec le gouvernement cubain. Au point où les équipes nationales cubaines de baseball viennent désormais faire des tournées, principalement au Québec, qui sont très médiatisées dans leur pays. Et, malgré l’embargo américain qui pèse toujours sur Cuba, des vedettes de ce pays viennent jouer dans la Ligue Can-Am.

En retour, chaque année, en compagnie de jeunes Cubains, des baseballeurs québécois de 9 à 11 ans se rendent sur l’île pour prendre part à des stages de perfectionnement sous la direction des entraîneurs de l’équipe nationale. Il s’agit en même temps d’une expérience culturelle et linguistique. Les Québécois y apprennent l’espagnol.

« Ce projet est né il y a un peu plus de quatre ans. Quand j’allais faire des conférences dans les écoles, les jeunes me demandaient combien d’argent j’avais gagné en jouant au baseball et si j’avais une voiture sport. Et ça me décevait. Je me disais : “Ce n’est pas ça l’essentiel! J’ai fait le tour du monde, j’ai appris l’anglais et j’ai appris à me débrouiller en espagnol. J’ai vécu en Chine et je me suis fait un vaste réseau d’amis.”

« De l’autre côté, il y avait des jeunes de notre programme de baseball sports-études qui s’en allaient étudier aux États-Unis et qui revenaient après seulement deux mois, en nous disant que les entraîneurs étaient trop exigeants et qu’ils n’avaient pas été capables de s’ajuster. Jean-Philippe Roy (le responsable du programme) et moi nous sommes alors remis en question. On se demandait : “Est-ce que nous sommes trop gentils? Est-ce qu’on apprend bien à nos jeunes à composer avec les situations déstabilisantes?” », raconte Laplante.

Dans sa tête, il assemble alors les pièces d’un drôle de puzzle et imagine une sorte « voyage de déstabilisation ».

Je me disais que ce serait le fun d’emmener des jeunes à Cuba, de les faire jouer sur des terrains en garnotte avec de jeunes Cubains et de leur permettre de se faire enseigner le baseball en espagnol. Je voulais faire ça pour les déstabiliser et leur enseigner que les athlètes sont déstabilisés toute leur vie et que c’est ça, la vraie vie, et que c’est ça qui vaut vraiment la peine. - Michel Laplante

Il met son projet par écrit et il l’envoie au gouvernement cubain. Il reçoit une réponse le lendemain : « On veut vous rencontrer à La Havane lundi prochain. »

Laplante a besoin d’un interprète. Il réquisitionne Josué Peley, un joueur québécois des Capitales qui est blessé et qui est originaire du Venezuela. Et ils partent pour Cuba.

Devant un intimidant panel de ministres et de hauts fonctionnaires, Laplante se présente et raconte qu’en tant que lanceur de l’équipe canadienne, il a déjà participé aux Jeux panaméricains à Cuba, et qu’un match où il lançait contre le Mexique avait été interrompu par la police militaire à cause d’une bagarre générale.

- C’était moi le commissaire qui menait les opérations, lance un membre du panel.

Tout le monde rigole. La glace est brisée. Laplante dévoile alors son idée : étant donné l’importance de l’industrie touristique dans l’économie cubaine, pourquoi ne pas développer un volet touristique sportif et culturel et permettre à des baseballeurs des deux pays de visiter le Québec et Cuba?

En 2014, Yuniesky Gurriel devient le premier joueur cubain des Capitales de Québec. L’année suivante, Cuba délègue trois joueurs dans la Ligue Can-Am. En 2016, l’équipe nationale débarque au Québec pour une tournée. Là-bas, les matchs sont retransmis à la télé nationale et Michel Laplante y devient une personnalité. Cet été? L’équipe nationale cubaine et l’équipe nationale junior passent une partie de l’été au Québec, où ils font courir les foules.

Et surtout, chaque année depuis quatre ans, une quinzaine de petits Québécois de 11 ans se rendent à Cuba pour y apprendre le baseball en espagnol sous la direction des entraîneurs de l’équipe nationale. Rien de moins.

Durant une semaine, de 8 h à midi, il y a 15 petits Québécois et 15 petits Cubains qui s’entraînent ensemble et qui, au départ, sont séparés par une solide barrière linguistique.

« Le quatrième jour, un peu tout le monde a des larmes aux yeux. Durant les pauses d’hydratation, nos jeunes échangent avec les petits Cubains en espagnol. “Veux-tu un peu d’eau? Veux-tu essayer mon gant?” Le vendredi, on dispute un match et les parents des deux pays sont assis ensemble dans les gradins. Cette année, Jacques Doucet est même venu faire la présentation des joueurs. C’est vraiment la totale », s’enthousiasme Michel Laplante.

Si son histoire devait s’arrêter là, elle serait carrément exceptionnelle.
Mais le moulin à projets de Michel Laplante ne cesse jamais de tourner. Comme cette idée révolutionnaire de faire jouer des équipes cubaines dans la Ligue Can-Am. Ou encore, cette idée d’organiser des activités sportives dans les écoles après les heures de classe, et de se servir de ce contexte sportif pour leur enseigner l’anglais ou l’espagnol.

Pour toutes ces raisons, Michel Laplante est certainement l’homme le plus intéressant du petit univers sportif québécois.

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.

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