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B45: de la branche au bâton

Revue de presse

Olivier Bossé, Le Soleil, le 25 mai 2013

Michel Laplante(Québec) Sorti de la forêt abitibienne pour jouer son baseball junior à Saint-Eustache, bâton de bois sous le bras, Michel Laplante s'est tout de suite fait surnommer «la branche». Le voilà près de 25 ans plus tard à la tête de B45, plus important fabricant de bâtons de baseball au Québec et l'un des 30 accrédités par le baseball majeur.

Photo ci-dessus : Michel Laplante est à la tête de B45, plus important fabricant de bâtons de baseball au Québec et l'un des 30 accrédités par le baseball majeur. (Photo Le Soleil, Steve Deschênes)

Dans l'usine-atelier de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Olivier Lépine tourne de ses mains tous les bâtons B45 destinés à des joueurs professionnels.

L'ancien lanceur et gérant devenu président des Capitales de Québec a le don de conteur. Sa propre histoire relève presque de la légende, de l'ordre du Natural joué au grand écran par Robert Redford. Roy Hobbs gagne le championnat grâce au bâton qu'il a lui-même façonné à partir d'un tronc d'arbre frappé par la foudre.

«J'ai toujours eu quelque chose avec le bois. J'ai été le dernier à abandonner la raquette de bois au tennis», affirme Laplante, athlète aux multiples talents doublé d'un visionnaire.

Vision qui l'a poussé à suivre la brise soufflée par l'ingénieur forestier de Québec Bruno Del Degan, à l'été 2002. Trois billots de bouleau jaune, ou merisier, arbre emblématique du Québec, desquels il a tiré les racines d'un rêve devenu réalité. Cette année, B45 prévoit vendre 10 000 bâtons.

Après le refus de plusieurs ébénistes, Jacquelin Humbert est le premier à accepter de poser une bûche de bouleau jaune sur son tour et d'en tirer un bâton de baseball. Stéphane Nadeau, à Victoriaville, sortira la première production officielle.

«Son père lui avait parlé du bouleau jaune et il se souvenait que pendant la crise du verglas, quelques années avant, c'était un des rares arbres en forêt qui n'avait pas cassé», se rappelle Laplante. Il a décoré les premiers au fer à pyrogravure, assis sur sa galerie.

Les capitales comme laboratoir
Eddie Lantigua, alors LE gros cogneur des Capitales, sera le premier à le tester, dans la cage des frappeurs. Incapable de le casser. Le receveur Rafael Pujols, aussi des Capitales, a été le premier à l'essayer en situation de match, en 2003. Ces deux bâtons existent toujours, en un seul morceau.

«Le plus beau laboratoire, c'est les Capitales», expose celui qui gravite dans l'univers du club indépendant de Québec depuis sa fondation, en 1999. «Je n'aurais pas pu le faire si je n'avais pas été proche de l'équipe. Quelqu'un de l'extérieur n'aurait pas pu avoir une telle ouverture des joueurs.»

L'ancien des Expos de Montréal Rondell White a été le premier à utiliser une mailloche B45 dans les ligues majeures, en 2007, alors qu'il portait l'uniforme des Twins du Minnesota. La réputation des bâtons québécois ne fait que grandir, depuis.

Alliant la dureté de l'érable à la flexibilité du frêne, le bouleau jaune se fraye un chemin entre ces deux essences reines du baseball. Comme on ne peut breveter une essence de bois, souligne Laplante, les grandes compagnies comme Rawlings ou Mizuno ont emboîté le pas.

Environ 1 % des sept millions de bâtons fabriqués en Amérique du Nord chaque année sont faits de notre bouleau jaune. Quelque 10 000 de ces 70 000 sortent de chez B45. «Plus les autres en font, plus c'est bon pour nous. Ça amène de la crédibilité à notre produit», assure pourtant Laplante. Le slogan de B45: l'authentique compagnie de bâtons en bouleau jaune.

Et l'artisanat, dans tout ça? «Dans 10 ans, ils vont encore frapper avec des bâtons de bois dans les majeures et pas avec des bâtons au laser», résume-t-il, avant d'ouvrir une autre porte vers l'avenir. «Des grosses compagnies comme Reebok ou Under Armour vont-elles vouloir vendre des bâtons avec leur nom dessus et c'est nous qui allons les produire? Peut-être. On n'a pas de contact direct pour l'instant. Ils savent qu'on a un trip à vivre.»

Travail d'orfèvre du début à la fin
La balance affiche 31.0. Pile poil. Le nouveau bâton de Reed Johnson est terminé. Parfait. Prêt à être expédié au voltigeur réserviste des Braves d'Atlanta, qui jouent d'ailleurs à New York, samedi soir.

C'est comme ça tous les jours, chez B45. À l'entrée du village de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, au bout d'un petit chemin où se suivent entrepôts et usines, un bâtiment de tôle se cache derrière un plus grand.

Dans la poussière de bran de scie, Olivier Lépine sourit. Satisfaction du travail accompli. Et un peu de fierté. Au coeur de l'usine-atelier de B45, l'ancien receveur tourne de ses blanches mains tous les bâtons destinés à des joueurs professionnels. Ligues majeures ou mineures. Près de 3000 des 9000 gourdins produits en 2012.

«Le gars des majeures, s'il demande 31 onces, pense pas lui passer 30.5», lance celui qui est tourneur en chef depuis 10 ans. Depuis la naissance de cette folle aventure. Son vrai titre est directeur de la production. Mais dans un environnement où l'artisan prend encore le pas sur l'industriel, tourneur en chef lui sied mieux. La majorité de la production et toutes les commandes sur mesure lui passent entre les pattes.

Dans les derniers mois, il a confectionné des outils de travail pour Shane Victorino (Red Sox de Boston), Josh Willingham (Rangers du Texas), Russell Martin (Pirates de Pittsburgh), David Murphy (Rangers du Texas) et, dernier en lice, Alfonso Soriano (Cubs de Chicago). Johnson et Murphy sont des clients de la première heure. Willingham a claqué 35 circuits armé d'un B45, l'an dernier.

Quand Le Soleil est passé, c'était au tour des joueurs des Orioles de Baltimore Manny Machado, Tommy Hunter, Brian Matusz et Troy Patton. L'espoir des Angels de Los Angeles C.J. Cron suivait sur la liste.

À la fin de l'hiver, la demande surpasse l'offre. De là l'achat d'un appareil à la fine pointe, nouveau tour à bois qui permet à Lépine de sculpter quelque 80 matraques par jour, le triple des 24 à 30 façonnées jusqu'à tout récemment.

«Notre gros mois, c'est février, juste avant l'ouverture des camps d'entraînement des majeures. C'est là qu'il faut doubler la capacité. Les gars des majeures ne veulent pas attendre», affirme-il, constatant que l'utilisation d'un B45 par un joueur connu s'avère la meilleure publicité.

Ses fruits, la compagnie québécoise ne les donne pas. Même aux meilleurs. Le joueur passe la commande, l'équipe paie, 99 $ pièce. «Les gars savent que s'ils en commandent 12, ils ne vont pas en jeter six. Les 12 vont être exactement selon leurs demandes et ils vont tous les utiliser.»

Extrême précision
Ce qui exige une extrême précision. D'abord de Lépine, puis de tous les ouvriers sur la chaîne de montage. Stéphane Pouliot bosse aux vernis et peintures, par trempage, à la main. Deux fois trois heures de séchage, chaque bout.

Lépine rêve d'un système de séchage aux ultraviolets donnant un bâton sec en 15 minutes. Mais l'ensemble coûte de 30 000 à 40 000 $ et toutes les recettes de couleur, finalement à point après 10 ans d'essais et erreurs, devraient être réécrites.

Après la gravure à la machine au laser vient la finition. Collant et décalque appliqués à la main et alignés à l'aide d'un niveau au laser. Francine Gendron, la conjointe du président Michel Laplante, occupait ce poste lors de notre visite. Emballage et expédition étaient assurés par Hoffman Wolff, fils de l'ex-propriétaire des Capitales de Québec, Miles Wolff.

Trois bâtons sur quatre quittent la fabrique de Sainte-Catherine pour l'extérieur du Québec. En majorité pour les États-Unis, mais aussi pour le Mexique et même Porto Rico.

L'effet Price
Outre Michel Laplante, l'actionnariat de B45 compte entre autres dans ses rangs les ingénieurs forestiers Bruno Del Degan et Bernard Massé, Jean Tremblay (Vertdure), Éric Chatila (Nero Bianco), Lucien Biron (ex-vp Investissement Québec) et Keith Marino (avocat américain). Mais l'arrivée dans le portrait d'Evan Price, il y a quelques années, a changé bien des choses.

«J'ai une vision, mais lui amène de la rigueur», affirme le président Laplante, à propos de son chef d'exploitation Price. Membre de la riche famille et copropriétaire de l'Auberge Saint-Antoine, Price est un amant du bois et du baseball. Dans les dernières années, B45 a déménagé; le prix unitaire de son produit aux pros est passé de 55 à 99 $; B45 vend des uniformes, des gants de joueur et bientôt des souliers à crampons; les modèles de base de bâton sont en vente depuis peu en ligne sur le site du géant Costco, en paquets de deux.

Échangé contre des bâtons
Michel Laplante confirme qu'à titre de gérant des Capitales, il a déjà échangé un joueur contre six bâtons B45. «Il ne l'a jamais su», laisse-t-il planer. Nos recherches retracent aussi l'obtention des droits d'un universitaire d'origine australienne, Cameron Clarke, en 2006, en retour de quatre B45.

Un pee-wee avec les pros...
Le casier à rejets de l'usine B45 est le seul endroit où Marc-Antoine Têtu, des Monarques pee-wee AA champions des séries 2012 - c'est écrit sur le bâton -, côtoie David Murphy, voltigeur de gauche régulier des Rangers du Texas.

Le B45 en bref
Simple, mais efficace, le logo de B45 a été créé par Olivier Lépine sur une serviette de table Subway...

B pour bouleau (jaune), (yellow) birch en anglais. Aussi bâton, baseball et bombe (coup de circuit)

45 ième parallèle, frontière approximative entre le Québec et les États-Unis au nord de laquelle pousse le bouleau jaune

9000 bâtons fabriqués en 2012;10 000 bâtons, prévisions pour 2013

7 000 000 de bâtons fabriqués en Amérique du Nord chaque année

1 bâton B45 sur 4 tourné à Victoriaville, 100% de la production finale faite à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier

30% des bâtons B45 vendus à des joueurs professionnels

50% de pertes approximatives en coupe ou en rejets à partir des billots achetés

30 fabricants accrédités par le baseball majeur

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.

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  1. excellent texte … S’ils ont besoin d’investisseurs, ils pourraient voir l’émission Les Dragons à la SRC et proposer un partenariat avec eux …

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