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Sicile, la grande île (Revue de presse)

NDLR : Pour conclure la série de texte sur notre périple de 12 jours en Sicile, voici un texte d’Alexandre Shields publié dans le quotidien Le Devoir du 29 mars 2008 qui dresse un bon résumé de tout ce que nous avons vu en Sicile.

Alexandre Shields, Le Devoir, le 29 mars 2008Les Siciliens! Noto, Sicile, Italie.
Gravir les flancs du plus grand et du plus actif des volcans d'Europe, goûter au chaos légendaire des villes italiennes, visiter une kyrielle de splendides monuments témoignant de siècles d'histoire et parcourir de riches réserves naturelles, le tout sur une seule et même île? Pourquoi pas... Bienvenue en Sicile.

Notre photo : Une image typique de la Sicile. (Photo Jacques Lanciault)

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Vue de l'extérieur, cette parcelle d'Europe située à la pointe de la botte italienne projette bien souvent l'image d'un havre pour la pieuvre mafieuse, ce cartel qui gangrène l'Italie depuis des lustres. Une impression renforcée dans l'imaginaire collectif par Le Parrain de Francis Ford Coppola. Et effectivement, la mafia y est bien ancrée. Mais la Sicile ne se résume pas à cela, comme en témoigne son statut de destination de plus en plus prisée.

Première étape: déterminer où commencer un périple qui peut facilement conduire le voyageur à travers l'ensemble de l'île. Pour qui souhaite s'offrir d'abord une bonne dose d'urbanité, la capitale de la région, Palerme, s'offre d'elle-même comme point de départ. Longtemps négligée, cette ville du nord-ouest de l'île a tout de même préservé quelques témoignages impressionnants des influences byzantines, arabes et normandes. En matière d'héritage architectural religieux, par exemple, la chapelle Palatina, construite au XIIe siècle, vaut un coup d'oeil attentif, tout comme le Duomo et l'église Santa Caterina. En fait, toute la Sicile regorge d'un patrimoine religieux bien préservé. D'ailleurs, dans le même élan, à quelques kilomètres de Palerme, les mosaïques de la cathédrale de Monreale méritent le détour.

Pour plonger dans la vie culturelle animée de la ville, on peut aussi dénicher un spectacle au joli théâtre Massimo, où a été tourné le dénouement du troisième volet du Parrain. Tradition typiquement sicilienne, le théâtre de marionnettes est également un incontournable. Les représentations mettent invariablement en scène des prouesses héroïques de chevaliers aux prises avec des monstres, des magiciens et autres ennemis ancestraux. Chaque ville le moindrement touristique de l'île a son teatro dei pupi.

Comme toute cité italienne digne de ce nom, Palerme est un véritable cirque urbain où les règles de la route sont là pour être transgressées, notamment par les jeunes qui se promènent à trois et sans casque sur une même motocyclette (les pétaradantes Vespa). En fait, le sang de ses 700 000 habitants bout littéralement, au même titre que le touriste dans ses rues par une journée d'été. D'où le plaisir de se faire piéton, notamment pour visiter les marchés publics et siroter un délicieux espresso accoudé au comptoir d'un des innombrables bistrots. Partout en Sicile, le café est une véritable religion. Les amateurs y trouvent leur compte partout!

Chaleur accablante oblige, durant la période estivale, à partir de Palerme, on peut aller faire trempette à Mondello, une cité côtière agréable pour les familles et appropriée pour savourer un large éventail de fruits de mer. Sinon, cap à l'ouest, direction la réserve naturelle du Zingaro, pour admirer le littoral sauvage, une quarantaine d'espèces d'oiseaux et plus de 700 variétés de plantes.

Les amateurs de baignade y trouveront aussi leur compte dans une des petites criques où l'eau est tout à fait translucide, comme partout autour de l'île. Les plongeurs s'y plairont tout autant, quoique pour cette activité, l'île Ustica, à 60 kilomètres en bateau au nord de Palerme, soit plus indiquée. Fait à noter, il s'agit d'une réserve marine d'importance. Pour ceux qui recherchent des plages, Cefalù, à une heure de train à l'est de Palerme, est aussi tout à fait indiquée.

Le hic, c'est que les prix y sont exorbitants, particulièrement en période de grande affluence, une tendance lourde en Sicile.

Toujours au nord-ouest de l'île, il faut prendre le temps de passer par le centre historique de Trapani afin d'admirer son architecture issue de la période baroque espagnole du XVIIIe siècle. Facteur non négligeable, on peut trouver à se loger dans le quartier. Il faut évidemment réserver en haute saison. Et comme toujours, les disponibilités sont plus grandes au printemps où à l'automne, deux saisons où le climat est tout à fait agréable.

Riche héritage
La Sicile a longtemps été une zone de très grande importance dans le contrôle de la région, à cheval entre l'Europe et l'Afrique. Lors des guerres puniques, elle a d'ailleurs constitué un haut lieu d'affrontements sanglants entre Rome et Carthage. Ainsi, les témoignages de la présence des Grecs et des Romains, notamment, y sont légion. C'est le cas d'Agrigente, située à 130 kilomètres au sud de Palerme, sur la côté méditerranéenne. C'est là qu'on trouve le site touristique le plus ancien de l'île: la vallée des Temples. L'endroit est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO (l'île compte 13 inscriptions sur cette liste).

On peut y voir un ensemble de temples et les vestiges de l'enceinte de la cité grecque d'Akragas, passée plus tard aux mains des Romains. Un musée d'archéologie, à proximité du site, permet de brosser un tableau historique plus complet. Malheureusement, le secteur offre plusieurs exemples des constructions abusives imputables à la mafia, qui s'en sert pour blanchir de l'argent. Ces véritables horreurs architecturales sont monnaie courante sur l'ensemble de l'île.

Une incursion à l'intérieur des terres permet de gagner Enna, une cité peu visitée entourée des plus beaux paysages de l'intérieur de l'île. De plus, on se trouve alors tout près de Piazza Armerina et de son immense villa romaine d'une cinquantaine de pièces, construite au IIIe siècle et presque entièrement reconstituée. Frappée au cours des siècles par de nombreux tremblements de terre, la Sicile a aussi vu certaines de ses agglomérations complètement rasées, puis rebâties. C'est le cas de Raguse, dans le sud-est, anéantie par le séisme de 1693. Boudée par les touristes, elle n'en compte pas moins son lot de bons restaurants. Même chose pour Noto, la plus belle et la plus harmonieuse des villes baroques de la Sicile.

Sur les pas d'Archimède
Comme on peut parfois se garder le meilleur pour la fin, il faut absolument, mais alors absolument prendre quelques jours pour s'attarder à Syracuse. Du Ve au IIIe siècle avant J.-C., cette ville a été une des cités les plus puissantes du monde méditerranéen. Si la portion moderne n'est pas particulièrement séduisante -- elle a été passablement détruite par des bombardements pendant la Deuxième Guerre mondiale --, c'est tout le contraire de l'île d'Ortygie, la vieille ville. On peut même trouver à s'y loger, surtout hors saison, bien sûr.

Les rues étroites et piétonnes sont idéales pour le flânage. Toutefois, gare aux Vespa, dont les conducteurs filent le plus souvent à toute allure. Et pourquoi pas une balade en barque le long de la côte pour découvrir les environs du port d'Ortygie et le relief accidenté de la côte parsemée de grottes? Côté culturel, le théâtre de marionnettes et sa boutique où on en vend vaut non seulement le coup d'oeil mais aussi l'expérience théâtrale.

Cette cité, dont le citoyen le plus célèbre a été Archimède lui-même, compte de nombreux restaurants où la carte offre d'excellents fruits de mer ainsi qu'une grande variété de pâtes et de pizzas. En fait, ce ne sont pas les restaurants qui manquent, et ce, dans toutes les catégories de prix. On y sert d'excellents antipasti (assortiments de hors-d'oeuvre), des pâtes aux sardines ou aux moules, de même que quelques bonnes pièces de viande, le tout accompagné de fromages corsés et d'un bon choix de vins. Pour la totale, il faut commencer avec un antipasto, poursuivre avec un primo piatto (pâtes ou risotto), puis un secondo piatto à base de viande ou de poisson avant de terminer avec un fruit ou un dessert. Ouf!

Sur la terre ferme, l'immense parc archéologique de Neapolis témoigne très bien des périodes de l'occupation grecque, puis romaine. On peut notamment aller s'asseoir dans les gradins du gigantesque théâtre grec taillé dans la roche blanche, à flanc de colline. Quelque 15 000 spectateurs pouvaient y prendre place afin d'assister aux pièces d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide. Tout près se trouve l'autel d'Hérion II, une vaste aire sacrificielle où on pouvait immoler 450 taureaux en une seule journée. Ce sont quelques heures de visite très denses, et il vaut mieux être accompagné d'un guide ou alors se greffer à un des nombreux groupes de touristes.

À l'assaut du volcan
De Syracuse, Catane, à une cinquantaine de kilomètres vers le nord, permet de partir à la rencontre de l'Etna, le plus grand et le plus actif des volcans d'Europe. Il ne dort d'ailleurs que d'un oeil et son panache de fumée est visible presque partout de ce côté de l'île. Depuis 1987, il fait partie d'un parc naturel d'une grande richesse. On passe ainsi des forêts alpines aux coulées de lave figées, sans oublier le sommet aux allures lunaires. Pour l'ascension, un bout du chemin s'effectue en autobus, puis en téléphérique. Pour les plus vaillants, on peut ensuite faire le reste à pied (au moins trois heures aller-retour) ou en jeep, cette option impliquant des frais.

Après cette marche au coeur des forces surréalistes de la nature, Taormine est tout à fait appropriée. Encore une fois, malheureusement, cette petite ville perchée sur un véritable balcon au-dessus de la mer est très très très achalandée en période estivale. Autrement, les prix sont raisonnables. Les Français l'appellent d'ailleurs la Saint-Tropez de la Sicile. Renommée pour son festival de cinéma très populaire, elle a servi de toile de fond au film Le Grand Bleu, de Luc Besson.

Bref, l'endroit est tout simplement ahurissant avec sa cité médiévale quasi intacte et son avenue piétonnière Corso Umberto I, où il fait bon se procurer quelques spécialités culinaires siciliennes. Sur les hauteurs de Taormine, le théâtre grec, par la suite remanié par les Romains, donne à voir au loin le sommet de l'Etna ainsi que, en contrebas, la Méditerranée, une mer où, en se dotant d'un masque, on peut admirer plusieurs espèces de poissons de toutes sortes de couleurs. Fait à noter: les plages rocailleuses sont gratuites, alors qu'on doit payer pour avoir accès aux plus «confortables». Chose certaine, l'endroit se révèle être l'épilogue idéal d'un séjour chez les Siciliens.

En vrac
- La Sicile bénéficie d'un climat perpétuellement tempéré et le thermomètre descend rarement sous les 15 °C sur les côtes. Idéalement, planifiez votre voyage entre avril et juin ou bien en septembre-octobre. Le temps est alors agréable, les prix sont raisonnables et les touristes moins nombreux.

- Il est assez facile de se déplacer entre les villes et les villages de Sicile, que ce soit en voiture, en autobus ou en train. Certaines portions d'autoroute manquent toutefois à l'appel en raison de travaux inachevés. Et pour se rendre en Sicile depuis le Canada, il existe des liaisons via Milan et Rome.

- Un projet de pont entre Messine et le continent est prévu, même s'il est très critiqué, notamment par les écologistes, qui craignent les impacts sur un écosystème très fragiles. L'ouvrage, d'une portée de 3300 mètres et d'un coût avoisinant les dix milliards de dollars, serait également situé dans une zone sismique. Selon les estimations disponibles, il devrait normalement être terminé en 2012, mais le dossier reste à suivre.

- Durant la Deuxième Guerre mondiale, les alliés ont réussi leur premier débarquement en Europe en Sicile, le 10 juillet 1943, soit près d'un an avant la Normandie. Même si de nombreuses batailles épiques ont opposé Américains, Anglais et Canadiens aux Italiens et aux Allemands, il n'y a aucun musée pour commémorer ces événements. Les monuments se résument à peu de chose et les plages de débarquement se trouvent essentiellement dans des villes qui ne valent franchement pas le détour, comme Gela. À ce chapitre, les Italiens n'ont pas encore fait leur devoir de mémoire. Il existe toutefois un cimetière de guerre canadien à Agira, à 71 kilomètres de Catane.

- Au nord de la Sicile, l'archipel des îles éoliennes est baigné d'une mer d'un bleu éblouissant. Si le coût de la vie y grimpe en flèche, on peut tout de même poser le pays sur Lipari pour ensuite faire des sauts sur les îles environnantes, qui ont toutes leur caractère propre.

- Pour ceux qui souhaitent en apprendre davantage sur l'histoire de la mafia, des tours guidés sont offerts, certains passant par des lieux de tournage de scènes du Parrain. Toutefois, cette excursion historique sert aussi, et surtout, à faire connaître les efforts effectués pour combattre le cartel.

- Les guides touristiques en français sur la Sicile sont évidemment nombreux. L'idéal? Le bon vieux Lonely Planet de l'année courante consacré à la Sicile, qui prend soin d'offrir des options pour tous les budgets. Les mêmes éditeurs publient un petit guide de conversation très à propos pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue. Le Géo est lui aussi conseillé et truffé de détails sur les lieux historiques à visiter, tout comme le Lonely. Le guide Voir, publié chez Libre Expression, ainsi que le National Geographic sont davantage conseillés comme outils de référence pour la planification avant le départ. Dans les bagages, ils sont un peu lourds, surtout pour les voyageurs avec sac à dos.

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.

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Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. merci pour cette visite guidée, il est 23H44 , ce vendrdi 18 juillet et nous décollons demain à 10h! seul regret nos professions ne nous permettent pas de suivre votre conseil et nous découvrons que nous ne partons pas à la bonne période en sicile.
    Votre récit nous a néanmoins donné de trés bonnes bases pour parfaire notre séjours à Catane, avec sans nul doute l’envie de découvrir Taormine et messine.

    Cordialement et au plaisir de vous lire

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