17
Août/04
0

C’est pour quand le grand départ?

Le baseball de A à Z, une chronique de Sylvain Saindon, collaborateur pour le site de la LBÉQ

Sylvain Saindon Montréal, 17 août 2004 - Collèges américains... To go or not to go…, suite et fin

Voilà la grande question! Si votre réponse est « quand tu te sens prêt », cherchez plus loin, car vous n'avez pas la bonne réponse.

Voyons cette perspective sous un angle différent. Tentons plutôt de nous situer par rapport à notre développement. Les collèges américains offrent aux joueurs un milieu hautement compétitif. Est-ce que le joueur a besoin de cette haute compétition? Oui, si son apprentissage technique et physique est presque complété. Non, si l'athlète est en phase d'acquisition technique ou physique.

Si tu évolues contre meilleur que toi et que tu parviens à rivaliser avec l'adversaire, ton niveau de jeu vient ainsi de s'améliorer.

Si tu tentes de maîtriser un nouvel élan au bâton, un changement à ton action de bras ou encore à augmenter ta force par l'entraînement, est-ce que le collège est un bon lieu d'apprentissage? Non. Car l'ivresse de la compétition fera en sorte que tu ne porteras jamais l'attention et le focus requis pour maîtriser ces nouvelles actions. La progression en sera ainsi laissée pour compte. Et, si tu ne t'améliores pas rapidement, un autre, sois-en certain, sera là pour prendre ta place!

Je me permets de citer ici Régis Laplante, un ancien lanceur étoile des Diamants de Québec qui a évolué dans l'organisation des Yankees de New York. Régis parle de son séjour avec un JUCO en Floride (Junior College) dont l'équipe avait pour nom : les River Rats d'Indian River.

« Le calibre était pas mal fort. Lors de mon passage au collège, j'étais âgé de 17 et 18 ans et avec le recul, je peux dire que j'étais trop jeune. J'avais assez de potentiel pour lancer contre des gars qui avaient en moyenne 19-20 ans, mais le coach n'avait pas confiance en moi, donc je n'ai pas lancé beaucoup de manches et en plus, j'ai presque pas fait de musculation, juste de la course. Comme tu le sais, les coachs doivent gagner et ils ne sont pas là pour tes beaux yeux, donc si tu n'es pas assez performant, tu restes sur le banc. Un jour tu lances régulièrement et le lendemain tu restes assis pour trois semaines. »

Des réprimandes : non. Des exemples : oui
Plusieurs m'ont demandé de commenter les choix que certains joueurs ont faits ces dernières années. Ce n'est pas mon intention. L'exercice pourrait être source de polémique inutile. Souvent, ce sont des choix qui se font en famille et personne n'aime se faire dire « t'aurais pas dû! ». Cependant, je peux me servir de quelques exemples qui sauront, je l'espère, vous orienter davantage.

Prenons comme modèles deux des meilleurs joueurs de champs intérieurs à avoir évolué au Québec ces cinq dernières années : Jonathan Malo et Jean-Michel Salvas-Rochon. Un an sépare les deux athlètes. Ce sont deux joueurs d'arrêt-court ayant évolué avec les Ailes du Québec. Les deux joueurs frappaient troisième au sein de l'alignement offensif de leur formation junior. Tous les deux ont été des joueurs d'impact dès leur première saison avec leur équipe de la Ligue de Baseball Élite du Québec (LBÉQ).

Si les deux possèdent un talent à peu près similaire et qu'ils ont eu un cheminement pratiquement identique, comment explique-t-on qu'il y a un écart de deux ans entre le début de l'aventure américaine de l'un et celui de l'autre?

Simple : Malo, dès sa première année à l'Académie de Baseball Canada (ABC) a vu son corps se modifier grâce à l'entraînement. Jo a pris près de 20 livres. Déjà, à 17 ans, avec les Ailes du Québec, son élan au bâton était à point. Il n'a eu qu'à le peaufiner l'année suivante à l'ABC.

Son action de bras a toujours été très bonne. À son dernier mois avec l'Académie, la vélocité de ces tirs atteignait les 90 mph! Jonathan était rendu à l'étape « va jouer contre plus fort que toi! »

Pour ce qui est de Jean-Michel, le tracé aura été plus long. Tout d'abord à sa première saison à l'ABC, il réagit plus ou moins bien au programme de musculation. Amélioration sensible de sa force, mais c'est tout. On découvre que Jean-Michel est trop flexible, ce qui lui pose quelques problèmes articulaires. Les principaux gains se feront au niveau de la coordination. Au bâton, même s'il a connu une saison du tonnerre avec les Ailes, on décide que pour atteindre un niveau supérieur, on devra modifier son élan qui est beaucoup trop long.

Ce n'est vraiment qu'à sa deuxième saison à l'ABC que les morceaux du casse-tête se mettent en place. Tout d'abord, amélioration plus que sensible de sa force musculaire. En jumelant la musculation à une diète alimentaire spécifique, Jean-Michel gagnera une quinzaine de livres. De plus, voilà maintenant que son élan au bâton est adapté pour faire face à des artilleurs dont la vélocité des tirs est meilleure. Deux années de transition auront suffi.

Durant la conquête de la Coupe du Président par les Ducs en 2002, les tirs de Jean-Michel, appelé en relève, atteignent 90 mph à quelques reprises… la vitesse de son mouvement de bras est alors à son point culminant! Jean-Michel est maintenant ce qu'il est convenu d'appeler, dans le jargon du métier, un « produit fini ».

Un peu comme Jonathan, les prochaines améliorations seront son adaptation à affronter plus fort, plus vite!

Si Jean-Michel décide de retarder le processus d'un an, c'est purement pour des raisons scolaires déjà mentionnées dans la deuxième partie de cette série de trois textes.

Distinction importante à faire entre joueur de position et lanceur

Le joueur de position
Avant d'opter pour l'aventure du collège américain, il faut que tu sois un « produit » presque fini. Techniquement, il faut que tu sois en maîtrise de ton élan au bâton, de tes lancers sur les buts, de ta course, de ta défensive et que tu ais déjà changé ta morphologie grâce à l'entraînement. Si tu en es à cette étape de ta « carrière » et que tu as le talent qu'il faut pour être compétitif, va jouer dans un calibre supérieur. Va jouer dans un bon collège!

En captant des roulants sur des terrains de qualité, en frappant de vrais bons lanceurs à tous les jours, bref, à force de jouer contre un calibre relevé, ta motricité deviendra meilleure; tu seras plus vite, plus fort, plus coordonné. Et si le tout est encadré et supervisé par un personnel d'entraîneurs compétents, alors vous êtes en Cadillac!

Un autre exemple. Patrick D'Aoust, des Cardinals de LaSalle. Il est un de ces joueurs que j'appelle « produit fini ».

Après avoir eu Joël Landry, l'entraîneur des frappeurs des Ailes du Québec et de l'ABC, dans le dos pendant deux ans et demi (et on parle ici de 12 mois par année!), Patrick est devenu un frappeur très stable et très bien aligné, en plus d'être excessivement difficile à retirer sur des prises (parlez-en aux lanceurs de la LBEQ). Sa force réside dans le fait qu'il n'a pas vraiment de défaut!

En défensive, à sa position de receveur, il est probablement le meilleur au Québec pour attraper la balle du lanceur. Il bloque bien. Lance rapidement et très bien sur les buts. Il ne lui reste qu'à améliorer la force « brute » de son bras.

Tous ces atouts peuvent devenir encore meilleurs si on l'oblige à faire plus vite. Si la compétition est telle qu'il doive s'élancer plus vite pour frapper des balles rapides filant à 85 ou même 90 mph, qu'il doive faire plus vite pour dégainer sur les buts afin de retirer, en tentative de vol des coureurs plus rapides, qu'il doive être plus vif à descendre les jambières au sol pour bloquer des tirs qui ont plus de vélocité et de mordant; voilà comment il passera à un niveau supérieur.

Est-ce dire qu'il faut qu'il parte immédiatement? Non. Est-ce dire qu'il est prêt d'un point de vue baseball à quitter pour un plus haut niveau? Oui.

D'autres athlètes possédant un niveau de raffinement technique inférieur à celui de Patrick verraient tous ces mêmes gestes se saccader, se chambouler et finalement ils cafouilleraient si on leur demandait de reproduire ces actions à plus « haute vitesse ».

Il y a tellement d'aspects à maîtriser pour un joueur de position, que l'importance du grand nombre de matchs disputés par les équipes des collèges américains prend ici une valeur des plus significative.

Plus tu joues en répétant les bons mouvements, meilleur tu deviens.

Plus tu joues en répétant de mauvais mouvements, plus ceux-ci s'enracinent dans ton système nerveux et plus ces mêmes mouvements seront difficiles, voire impossibles à corriger dans le futur.

C'est pour cette raison qu'il est plus facile d'enseigner une nouvelle action de bras par exemple à un kid de 12 ans qu'à un joueur de 20 ans!

Le lanceur
Pour ce qui est des lanceurs, c'est une tout autre histoire. Ce dernier n'a pas à maîtriser plusieurs aspects comme le joueur de position.

Et là, j'enfile mon chapeau de dépisteur. Ce que nous demandons aux lanceurs, c'est de mettre des chiffres sur nos radars! Des gros chiffres. Point!

Lance la balle le plus fort possible, donne-nous à voir une courbe plus rapide, fais bouger davantage ton changement de vitesse. Le tout avec un ratio prises/balles respectable. Voilà, c'est aussi simple que cela.

Quand j'entends dire qu'un lanceur a terminé sa saison avec un dossier de 7-0 et une moyenne de points mérités de 1,85 dans son collège, je me dis : ouais pis! Ça m'intéresse autant que de savoir que juin est le mois de reproduction du ouaouaron d'Amérique à tête cornue!… À dire vrai, ça ne m'intéresse pas du tout.

Par contre, dites-moi que ses tirs ont été chronométrés dans les 90 mph et que sa courbe atteint 75 mph, et là c'est une tout autre histoire. Et si en plus, le joueur en question obtient ces chiffres avec une excellente mécanique qui lui permettra de garder son bras en santé, un avantage indéniable, là je deviens intéressé.

Si un coach m'appelle en plein hiver pour me dire qu'un de ses lanceurs lance la balle à 90 mph en gymnase (radar à l'appui), il aura de la visite dans les 24 heures! Quand bien même que son jeune aurait joué l'été d'avant avec les Squeegees de Blanc-Sablon!

A-t-on besoin de partir aux États-Unis pour ça? Personnellement, je ne le crois pas.

Je vous donne la recette d'Alexandre Périard. Une recette qu'Alex a appliquée, deux ans avant qu'il ne devienne le plus jeune joueur repêché des ligues majeures en 2004, 16e choix des Brewers de Milwaukee. Justement, Alex est récemment devenu un professionnel du baseball en apposant sa signature sur le lucratif contrat que lui ont proposé les Brewers.

Pendant la saison « morte » 2002-2003, Alexandre a lancé deux fois par semaine en gymnase, sous la supervision d'Alex Agostino, dépisteur pour les Marlins de la Floride et ancien directeur technique de Baseball Québec. De plus, il a retenu les services d'un entraîneur privé (votre humble serviteur!) pour coordonner son programme de musculation en fonction de ses deux sorties par semaine. Résultats : une augmentation de la vitesse de ses lancers de 5 mph durant cette période. Ajoutez à cela les 5 autres mph obtenus l'année suivante avec l'ABC, et cela toujours avec le même genre de protocole, et vous avez alors un lanceur repêché!

Mais encore là, si le joueur s'assure d'avoir un bon instructeur des lanceurs dans son choix de collèges et que la phase physique d'entraînement y est aussi bien encadrée, on obtiendra sensiblement la même procédure qu'a suivie Alexandre Périard!

Il n'y a pas que le baseball pro
Mais là je vous parle, blablabla, et j'oublie peut-être que ce n'est pas le baseball pro qui vous intéresse. Comme me le faisait remarquer François-Alexandre Beaulieu des Diamants de Québec : « … certains joueurs, comme moi, ne souhaitent que pouvoir sortir de l'université avec un diplôme pour parer à toute éventualité. Si on réussit à faire le saut chez les pros et qu'on est «releaser» comme 95 % des joueurs le sont ou encore qu'une malencontreuse blessure nous afflige, notre vie peut quand même prendre un envol parce que les études sont là!

Bon point. Donc, François-Alexandre partira, en janvier prochain, avec comme premier objectif ses études. Si le baseball lui donne d'autres options, ben c'est tant mieux! C'est ce qu'on appelle avoir un plan de match.

Maturité mentale
C'est sûr que partir à l'âge de 16 ou 17 ans, c'est trop tôt!

18… hum!

19, ouais dans ce coin-là! Dépendamment, encore une fois, de vos objectifs!

Et là aussi les philosophies peuvent varier. Alexandre Messier, dépisteur pour les Angels d'Anaheim, pense plutôt qu'il est excellent de partir de chez soi afin d'acquérir le plus tôt possible cette maturité tant recherchée. Alex mentionne que plusieurs joueurs échouent dans les mineures parce qu'ils n'ont jamais affronté ce genre « d'adversité » auparavant. L'isolement pour un francophone dans les rangs mineurs peut s'avérer dévastateur. Surtout si, en plus, sa maîtrise de la langue anglaise (et aussi de l'espagnol!) est déficiente. Mais là encore il s'agit de commentaires orientés vers le baseball pro.

Il faut aussi noter que de par leur personnalité, certaines personnes auront toujours quelques problèmes à s'adapter. Certaines gens sont très inconfortables hors de leur environnement immédiat.

Conclusion
J'aimerais remercier tous ceux qui m'ont aidé dans l'élaboration de ces trois textes sur les collèges américains. Un merci particulier à un ancien des Cardinals de LaSalle, Jean-François Dufour, qui vit de forts beaux moments à Saint Rose University (Albany). Ce dernier m'a inondé d'informations.

J'espère que grâce à eux, j'aurai réussi, un tant soit peu, à décortiquer toute la dynamique entourant les collèges américains.

En général, avec mon background de coach et de dépisteur, j'ai plutôt tendance à voir le tout du côté performance. J'ai tendance à oublier que ce n'est pas toujours ce qui motive les joueurs. Et je m'en confesse.

Je vais donc conclure en citant un joueur qui résume à merveille le concept des collèges américains. Étienne Ratté-Delorme entreprendra sa 3e année dans le système scolaire américain, sa première comme telle à l'Université. Voici ce qu'il a à dire :

« Il ne faut pas seulement regarder le côté baseball dans l'aventure aux États-Unis. C'est aussi une expérience de vie. Cela sert à améliorer son anglais, c'est aussi voyager, c'est connaître de nouvelles cultures, voir de nouvelles choses. En bout de ligne, c'est d'acquérir de l'expérience, de la maturité. C'est aussi le trip de la vie de campus, les autres sports de l'école.

Certains joueurs vont profiter du baseball pour aller en Europe (France... etc.) pour jouer ou diriger une équipe... Le baseball c'est une passion, pourquoi ne pas s'en servir pour voyager, se faire payer l'école... vivre des choses différentes....»

et cher Étienne, tu aurais pu ajouter qu'on peut en profiter pour y faire des rencontres intéressantes! Nos salutations à Mlle Molly!

La semaine prochaine : Les 10 pires stratégies du baseball !

Sylvain Saindon

Remplis sous: Baseball Mots clés:
Commentaires (0) Trackbacks (0)

Aucun commentaire pour l'instant

Laisser un commentaire


Aucun trackbacks pour l'instant