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L’engouement pour les collèges américains

Le baseball de A à Z, une chronique de Sylvain Saindon, collaborateur pour le site de la LBÉQ

Sylvain Saindon Montréal, 10 août 2004 - Dans un premier temps, j'aimerais remercier tous ceux qui ont pris la peine de m'écrire sur le sujet. Il y a tellement à raconter.

Depuis la publication de mon premier texte relatif aux collèges américains, beaucoup m'ont transmis leurs commentaires et plusieurs ont posé la même question directement, voire sèchement : c'est bon ou ce n'est pas bon les collèges américains?
Énoncée ainsi, je crois que l'on formule mal la question. En fait, l'athlète qui se pose cette question devrait plutôt se demander : « à ce stade-ci de mon développement, avec les objectifs que j'ai en tête, est-ce pertinent de partir jouer dans un collège américain? Est-ce que le timing est bon? Ai-je de meilleures options? Si vous réussissez à répondre à ces questions, vous aurez déjà fait un pas dans la bonne direction.

Dans un deuxième temps, j'aimerais me situer à l'intérieur du débat. Je n'ai jamais évolué dans un collège américain. Cependant, si j'ai déjà été approché pour « coacher » à ce niveau, j'ai décliné pour des motifs qui n'ont rien à voir avec le présent article. Je me suis plutôt forgé une opinion sur le sujet au fil des dix-sept années où j'ai œuvré au sein du baseball junior, de mes sept années passées avec l'Académie de Baseball Canada (ABC) et des cinq dernières années où j'ai travaillé au dépistage du talent québécois pour une équipe du baseball majeur.

Par ailleurs, mes conclusions ont été enrichies des commentaires reçus de joueurs qui eux, ont vécu cette expérience. Je n'ai pas d'enfant, mes opinions sur la question ne sont donc d'aucune façon teintées d'émotivité. Je retiens de bonnes histoires de joueurs ayant tenté l'aventure au pays de l'Oncle Sam et j'en retiens également de moins bonnes.

Moi je veux aller à la Mecque …du baseball!
Tout au long des années, j'ai constaté que lorsqu'on parle de jouer au baseball dans un collège américain, nous, Québécois, avons très souvent un réflexe de colonisé : en chacun de nous sommeille sans doute un petit Elvis Gratton qui ne demande qu'à s'exprimer : « … eux autres ils l'ont l'affaire les Américains… stie! »

Je vois encore le regard fier et l'éclat brillant des yeux de certains parents m'annonçant que tel ou tel collège s'intéresse à leur fils. … on est même prêt à payer presque toutes les études de leur garçon!

Un autre père va jusqu'à hypothéquer sa maison pour envoyer son fils dans un collège en Californie. Le joueur en question terminera sa saison avec 37 présences au bâton… c'est très loin des 200 « at bat » de ses coéquipiers!

Malheureusement, presque tous les parents impliqués ont un point en commun; leur fils est différent des cent autres qui sont passés par là avant lui!?!…On veut toujours plus croire qu'entendre.

Les collèges américains : un must pour devenir pro?
J'entends aussi ces mêmes parents mentionner « … si c'est la route à suivre pour jouer Pro…». Les mythes ont la vie dure.

On pense que c'est le meilleur chemin pour atteindre les ligues majeures.

Pourtant, il n'en est rien! Au contraire, les organisations professionnelles, même si la situation tend à changer, ont très peu de respect pour les collèges américains. On préfère, et de loin, que le développement du joueur s'effectue au sein de leur propre réseau de filiales (ligues mineures) plutôt que dans les institutions scolaires.

Dans les prochaines lignes, je vais tenter de mettre noir sur blanc une foule d'informations visant à mieux informer joueurs et familles pour qui s'offre à eux la possibilité du collège américain. Le but : les aider à prendre une décision éclairée. Leur permettre d'effectuer les meilleurs choix possibles. Bref, je vais tenter de répondre aux questions qui trop souvent ne sont pas posées…

Admissibilité
Premièrement, une question qui revient très souvent : qui peut aller jouer dans un collège américain?

Simple, toute personne qui possède l'un ou l'autre des éléments suivants : du talent ou de l'argent. Voilà!

Si vous avez du talent, on tentera probablement de vous recruter en vous offrant de payer votre école. Si vous avez moins de talent et que vous aimez le baseball, il vous faudra alors défrayer le coût de votre instruction. Vous serez alors en mesure de jouer dans un collège, plus faible peut-être, en Division III par exemple. Assez simple n'est-ce pas?

Sondage
Afin de m'aider et d'accumuler le plus d'informations possible, j'ai reçu l'aide d'anciens joueurs de collèges qui ont presque tous un point en commun : un séjour à l'ABC (Académie de Baseball du Canada ).

À tous j'ai posé les mêmes questions portant sur le calibre de jeu, leur calendrier baseball, l'amélioration technique de leur sport, l'attention que leur ont porté les dépisteurs, l'entraînement physique, les coûts, le respect des engagements de l'équipe vis-à-vis le joueur, la formation scolaire, etc. Sans que ce soit un sondage Léger Marketing, il a sa valeur, car il permet d'identifier certaines grandes lignes qui reviennent fréquemment dans les propos de chacun des sondés.

Le calibre du jeu
Pour ce qui est du calibre de jeu, tous sont unanimes : il est très bon. On s'accorde à dire que c'est bien encadré et très compétitif. Encore une fois, la Division* de votre école fait foi de tout. (* Voir collèges américains, partie 1).

En ce qui concerne les aspects techniques du jeu, cette notion dépend beaucoup des entraîneurs. Évidemment, lorsqu'on demande à un joueur si son entraîneur est bon, on a souvent la même réponse que ce soit ici au Québec ou ailleurs dans le monde : si le joueur joue, le « coach » est bon, si le joueur ne joue pas, le « coach » n'est pas bon!

Mais, si on pousse un peu plus loin l'analyse toujours très scientifique des joueurs, disons que pour être poli, certains « coachs » américains ont un petit côté militaire moins agréable. En fait, pour être moins poli, on dira qu'ils vivent souvent un « power trip ».

Des joueurs m'ont affirmé que leur « coach » aimait crier et intimider ses joueurs. Bref, plusieurs abusent de leur pouvoir.

Julien Lépine, l'ancien des Alouettes de Charlesbourg, m'a déjà raconté que son « coach » en Floride interdisait aux frappeurs de s'enlever si ces derniers allaient être atteints par la balle. « Si vous cherchez à éviter un lancer qui va vous atteindre, vous démontrez au lanceur adverse qu'il vous intimide, alors restez là! » éructait-il savamment.

En 2003, André Meadus, un de mes anciens joueurs à Longueuil, est revenu du Chipola junior College de Floride avec des tendinites aux deux jambes à force d'avoir trop couru. Chaque défaite était synonyme de marathon à la fin du match. En passant, malgré la croyance populaire, jogger est peut-être l'activité la plus contre-productive qui soit pour un joueur de baseball!

Autre anecdote du genre raconté cette fois-ci par Marc-André Côté, un ancien joueur des Bombardiers de Sherbrooke et des Diamants de Québec :« … mais une fois de temps en temps, l'entraîneur qui pensait améliorer notre condition physique et la « dureté » de notre mental, amenait toute l'équipe dans le « boil room » (salle mécanique de l'école). Évidemment, il attendait la fin de la journée (16 à 17h) afin de fermer les portes et ainsi couper l'aération. Il nous faisait courir et faire divers exercices à 113 degrés Fahrenheit. Il nous disait que si on sentait qu'on s'évanouissait, alors et seulement alors on pouvait sortir… (Dieu merci!). Je peux te dire qu'après quelques minutes, la gorge te pique… tu respires tellement bien là-dedans!

-Je dois avouer ma fascination de voir comment les adultes , particulièrement les parents, acceptent facilement ce genre de stupidité à l'intérieur du monde sportif alors que ces mêmes chefs de famille commandent une rencontre au sommet lorsque le professeur fait seulement élever la voix contre leur enfant (!)…-

Tiens, tiens, ça vient de me donner une idée pour une prochaine chronique…!

Je m'en voudrais de relater seulement le côté sombre de ma profession. Même si je n'ai pas reçu beaucoup de commentaires positifs sur les « coachs », je peux vous assurer qu'il y en a de très bons. Il y en a encore beaucoup qui n'ont pas besoin de masquer leurs carences derrière un déguisement à la Adolf Hitler!

La plupart des joueurs interrogés s'accordent à dire qu'il y a presque toujours un bon « coach » dans l'équipe. Un qui a une spécialisation, soit pour les lanceurs, soit pour les frappeurs ou encore pour certains joueurs de position.

Bref, il y a consensus. Le calibre de jeu est excellent et peut être adapté selon votre talent individuel. Tout joueur de baseball allant jouer aux États-Unis trouvera chaussure à son pied.

La formation scolaire
En général, on s'expatrie aux États-Unis pour le baseball… ensuite pour l'école!

Feed-back des joueurs : dans un JUCO (Junior College), l'enseignement scolaire est plutôt simplifié. Plusieurs m'ont raconté étudier des notions déjà apprises ici en cinquième secondaire!

Je reprends un commentaire d'Étienne Ratté-Delorme, un ancien du Royal de Repentigny élu lanceur de l'année en 2003 au sein de la Ligue de Baseball Élite du Québec qui était sur les bancs d'école du Northeastern Oklahoma College :

« Les cours de JUCO sont faciles, je ne crois pas que c'est tant la matière qui est plus facile, mais c'est la charge de travail qui est beaucoup plus réduite qu'au Québec (quantité de matières). »

…et de Marc-André Côté, qui lui a étudié au Briarcliffe College (NJCAA) en 1997-1998, un collège de division 1 :

« L'école est grande comme ma main et m'apparaît surtout comme un collège privé. Beaucoup d'étudiants et d'étudiantes y viennent en Mercedes et BMW. Je peux dire que les cours de « Business Math » me rappelaient mes cours de maths 416 au secondaire. Il y a quelques cours qui ressemblent aux cours qu'on peut obtenir au cégep et qu'un étudiant, même du secondaire, peut facilement réussir. Cependant, si j'avais vraiment voulu faire ma vie aux États, on s'entend pour dire que cette école (dans mon cas) était la meilleure façon pour m'ouvrir les portes d'une grande université. Déjà, durant ma première année, j'avais reçu des invitations d'universités, dont de Fordham University ,une institution réputée du point de vue académique, qui n'avait envoyé que deux offres à notre « coach » pour des « scholarships ». Faut dire que lors d'un match hors concours , j'avais éventré pas mal de leurs frappeurs. »

Là encore, certaines écoles sont très fortes académiquement parlant et d'autres très faibles. Si vous jouez au baseball à Stanford, ça risque d'être différent que si vous êtes inscrit dans un Juco de l'Iowa. Tout comme au Canada, la spécialisation choisie a un effet direct sur votre futur parcours scolaire. Votre choix peut aussi être dicté par vos qualités d'étudiant. Je pense ici à Jean-Michel Salvas-Rochon, des Ducs de Longueuil, qui a toujours refusé de jouer dans un Juco de crainte de régresser du point de vue scolaire. En septembre prochain, Jean-Michel mettra le cap sur le sud des États-Unis, plus précisément à Georgia State. Il y obtiendra son diplôme dans un proche avenir tout en jouant dans un calibre de jeu des plus relevé ! N'ayant jamais été dans un Juco, il bénéficiera de ses 4 années d'éligibilité.

Si vous pensez terminer vos études au Québec après votre séjour chez nos voisins du sud, sachez que peu des cours que vous aurez suivis aux « states » vous seront crédités. Vous n'aurez donc pas beaucoup avancé de ce côté. Par contre, vous pouvez obtenir plus facilement un diplôme aux USA qu'au Québec. Un diplôme qui sera, somme toute, reconnu aussi bien ici que partout dans le monde.

Finalement, on ne peut passer sous silence l'apprentissage de la langue anglaise qui se voudra un atout majeur , voir indispensable, peu importe la direction que prendra votre future carrière.

Grille horaire et installations
Si on fait une certaine chronologie de la saison de baseball au sud du Canada, on peut dire qu'elle se met en branle dès septembre. C'est au début de l'année scolaire que l'instructeur bâtira son équipe pour la vraie saison qui elle, débutera en janvier ou février, dépendamment de la situation géographique de votre école.

Donc, à l'automne on pratique, on dispute des parties intra-équipe et un minimum de joutes hors concours. Pourquoi si peu de parties hors concours ? La NCAA limite le volume sportif de ses élèves pendant ce qui est convenu d'appeler le « off season ». C'est la raison pour laquelle à l'automne, lorsque l'ABC va jouer dans le Nord-Est américain, il arrive souvent que l'on doive jouer, au lieu des deux matches de 7 manches que nous avions planifiés, seulement un match… de 14 manches! C'est bien connu, les règlements sont faits pour être contournés.

De la mi-octobre au mois de décembre, on rentre à l'intérieur. Pour cette période plus « physique » du programme, on la confie souvent à un autre entraîneur, qui lui s'occupera sporadiquement des joueurs. À mon avis, c'est la faiblesse du programme. À cause des restrictions imposées par la NCAA, l'encadrement de cette phase importante de l'entraînement d'un athlète n'est pas aussi efficace qu'elle le devrait.
Je pense que les rencontres individuelles sont tolérées, mais pas les rencontres collectives. Certaines différences existent aussi entre les Jucos et les Universités.

Puis, viennent janvier et février et le début de la saison de baseball. L'horaire scolaire des joueurs est formidablement bien ajusté aux besoins des entraînements. Quelques heures libres tôt le matin pour s'entraîner ou des cours qui se terminent au début de l'après-midi. Les vendredis sont souvent libres pour permettre à certaines écoles de voyager (dans le sud, particulièrement en janvier!). Dans certaines écoles, les randonnées d'autobus sont importantes. Pour des écoles plus fortunées, on voyage quelques fois en avion! N'oublions pas que les équipes bénéficient d'un incroyable calendrier où en moyenne près de 50 joutes seront disputées. Selon mes sources, la limite serait de 56 rencontres.
Et ce, sans compter les tournois de fin de saison qui peuvent vous mener aux « World Series » des Collèges, des Jucos, des divisons I, II et III !

Après leur calendrier hautement compétitif, ce sont les installations baseballs dont disposent les joueurs pour s'entraîner et pour disputer leurs matchs qui représentent la force majeure des collèges américains…particulièrement si on compare leurs installations aux nôtres ici au Québec. Ouf ! …Des terrains magnifiquement entretenus versus des surfaces de jeu tout juste assez bonnes pour accueillir des courses de « Bigs Wheels ». De fonctionnelles cages de frappeurs versus nos fameuses cages avec poteaux à l'intérieur! sur lesquels on y a greffé des panneaux de broches de seconde main…C'est à se demander si on n'y recycle pas les broches dentaires des adolescents une fois qu'ils en ont terminé…

On ne pourrait compléter ce segment sans parler de la température. Amants du baseball, nous avons une raison de plus d'en vouloir à Jacques Cartier!
Le baseball demande beaucoup de dextérité, de force et de vitesse. Les températures chaudes permettent de mettre en valeur ces atouts. Les collèges du sud possèdent cet avantage indéniable.

Que voulez-vous, en février, ce sera toujours plus agréable de jouer au baseball devant une dizaine de jolies Cheerleaders tout en cuisse que devant un Bonhomme Carnaval tout en jarret!

Semaine prochaine : La conclusion.

Sylvain Saindon

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